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BESNER, Le retour de l’enfant prodige

Tel un graffiti, le nom Besner peint sur le bâtiment indique que l’atelier se trouve en haut de l’escalier. Besner se tourne vers moi, souriant, accueillant, entouré d’une vingtaine d’oeuvres accrochées aux murs, son dernier corpus. Il se prête avec grande générosité à un entretien qu’il ponctuera de propos profonds et très éloquents.

D’un côté se trouve un immense tableau. On reconnaît l’iconographie de Besner : présence forte d’un personnage à la posture royale et au regard profond, explosion de couleur, aplats d’acrylique, espaces structurés, ornementés, atmosphère théâtrale. Le tableau est magnifique, mais il ne fera pas partie de l’exposition. « J’ai justement eu besoin de m’arrêter, de retrouver la source de mon imaginaire et de cheminer vers une tout autre atmosphère. »

« Ces deux dernières années, j’ai expérimenté de nouvelles techniques: la gravure à l’eau-forte, l’aquatinte et la litho sur pierre m’ont permis de ne plus me préoccuper de la couleur pour un temps, de redécouvrir le monde fascinant de la ligne, d’enrichir mon langage pictural et de travailler mes oeuvres autrement. »

C’est en s’efforçant de faire resurgir ses souvenirs d’enfance et ses mots oubliés qu’il a fait naître cette série d’oeuvres de plus petits formats, intimistes et si émouvantes. La facture a mué vers des landes épurées rappelant sa verte campagne d’enfance. Ses couleurs étincelantes ont laissé place à des tons judicieusement nuancés, parfois presque monochromes, travaillés à la pâte d’huile.

La contemplation s’impose. Le personnage central a délaissé ses atours spectaculaires au profit d’une simplicité humanisée. C’est lui, l’enfant à l’imagination prodigieuse, qui s’invente des sentinelles pour combler sa solitude. Tel un carré de sable, chaque tableau regroupe des éléments racontant une bribe de son histoire, sa vérité imaginée, composée de souvenirs d’une enfance bercée par le vol d’un cerf-volant, l’agitation d’un poisson, le rythme d’un bateau qui vogue… La présence à peine esquissée de clochers d’église contribue à l’atmosphère sereine qui nous enveloppe lorsqu’on pénètre dans un monastère. On reconnaît de petites aigrettes en forme de parapluies soufflées par le vent, évoquant la légèreté, l’éphémère, le vaporeux.

Son retour dans le circuit des expositions clôturera deux ans d’arrêt après 20 ans de travail et 2000 tableaux tissés au fil des saisons qui passent. Cette productivité est sans doute liée à sa conscience de la fragilité de l’être, au désir urgent de laisser sa trace. Il se souvient de sa première exposition solo à Québec en 1998. « A un vernissage, j’ai été tellement surpris de voir la pièce aussi bondée, de sentir toute l’effervescence autour de mon travail. Tant de monde s’était déplacé que j’en ai presque perdu connaissance. C’était bouleversant. Puis se sont succédé les grands événements. En 2004, La démesure des convoités a attiré 1200 personnes. Ensuite, il y a eu Mora, mon conte urbain, qui a pris vie à travers Diane Dufresne, qui interprétait un des personnages qui réveillait le temps. C’était magique, émouvant. Il y a aussi toutes les expositions en sol étranger, entre autres au Musée de Suzhou, en Chine, une exposition qui s’est étalée sur deux mois. Ce sont 400 000 personnes qui passent voir ton travail… C’est tellement stimulant ! »

Parlant de Michael Mensi, son agent depuis ses débuts, il reconnaît à son associé la sagesse de l’avoir protégé des soucis extérieurs. Il avoue que sans lui, il n’aurait jamais pu accéder à une carrière internationale de cette envergure. Il lui aura permis de se consacrer entièrement à la peinture, le rêve de tout artiste.

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BESNER, Le retour de l’enfant prodige – e-mag

Henri Vezina