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Louis Boudreault, Maître de sa Destinée

L’atelier blanc lumineux se dévoile derrière la grille entrouverte. De grands yeux sont fixés sur moi, des yeux d’enfants démesurés, issus d’une autre époque, mais étrangement familiers. Ils semblent porter le poids du monde malgré leur jeunesse. Ils sont des dizaines, ces enfants choisis par l’artiste pour leurs grandes destinées, parce qu’ils ont fait le monde. Les tableaux sont alignés le long des murs, attendant leur prochaine exposition. Certains reviennent de Paris ou de Londres, d’autres partiront bientôt.
Il émane de ces œuvres une infinie tendresse. Peut-être parce que nous connaissons la vie de ces enfants illustres, leurs joies et leurs peines, mais surtout les marques indélébiles que leur passage aura laissées dans nos souvenirs. « Je ne travaille qu’avec des gens que j’aime, que j’admire et qui m’ont séduits. Moi, je triche, je sais ce qu’ils ont fait après, j’accentue en connaissant. C’est très fidèle, ça parle en soi. » Ces gens, ce sont Picasso, Camus, Saint-Exupéry ou même Disney.
Peut-être est-ce le dessin, à la fois précis et léger, crayonné de main de maître, respectant fidèlement le cliché de l’enfant? Peut-être le format démesuré ou l’effet d’accumulation produit par le collage de papiers? Les côtés du tableau simulant des centaines de pages du livre d’une vie sur lequel le portrait fait office de page couverture? Peut-être est-ce tout ça ensemble qui nous plonge dans une étonnante nostalgie. Je ne sais pas, mais l’effet est saisissant.

Le vent du large berce les jeunes années de Louis. Il voit le jour en 1956 aux Îles de la Madeleine, à Havre-Aubert. Entouré de gens influencés par la culture française, il se sent plus près de la France que du Québec. On lui fait découvrir Ferré, Barbara, Brassens, Aragon et Piaf. Ce sera déterminant.
« À 9 ou 10 ans, on me demandait ce que j’allais faire dans la vie. Je répondais que j’irais à Paris, comme si c’était un métier. » En maître de sa destinée, jeune adulte, il part. Il s’inscrit à l’École du Louvre de Paris. Un enseignement rigoureux et classique s’ensuit. Il devient ensuite conseiller en art durant six ans, mais la nécessité de créer lui dicte sa voie. « Sans lâcher mon métier, j’ai commencé à peindre. J’ai accroché des tableaux dans mon bureau. Des gens qui venaient acheter des Picasso, des Matisse ou des Van Gogh me demandaient de quel artiste étaient les tableaux sur le mur. Je leur répondais : c’est un artiste canadien, un ami à moi… Ça a commencé comme ça. »
Louis Boudreault travaille de longues périodes sur une série. « Il y a eu Les envois. C’est l’histoire de la couleur au
XVIe depuis l’Orient vers l’Occident. On devait aller les chercher à l’autre bout du monde et les emmener par bateau. Ça arrivait dans des caisses en bois et c’était distribué aux différentes corporations de peintres. L’œuvre était plus con­cep­tuelle, ça donnait des carrés de bois remplis de pigments de couleurs, mais l’histoire était classique. Cette fois, Destinées – sur laquelle il travaille depuis près de dix ans et qui a fait le tour du monde – raconte l’histoire des enfants qui ont fait le monde. La façon de le présenter est plus classique, plus dessinée. »
Pierre-Karl Péladeau lui a commandé une exposition, prévue pour mars 2014 au siège social de Québecor. On y verra des personnalités qui ont été déterminantes pour le Québec; Leyrac, Leclerc, Vigneault, Nelligan, Céline, etc. L’expo­sition durera un an, à raison de 10 nouveaux tableaux tous les deux mois.

louisboudreault.ca

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