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Beautys Luncheonette

Comment fait-on pour devenir une institution, surtout dans le domaine hypercompétitif de la restauration ? Hymie Sckolnick, en compagnie de sa femme Freda, a créé le Beautys Luncheonette en 1942 sur l’avenue du Mont-Royal, à l’intersection de la rue Saint-Urbain, pour que les travailleurs du coin viennent déjeuner ou prendre le lunch du midi. Le local est de taille moyenne avec des cases pour les banquettes et les tables. De l’autre côté, on retrouve un long comptoir en stratifié avec des tabourets. Au fond, on aperçoit l’aire de préparation des repas avec son acier inoxydable embossé sur le mur. Le décor a été rafraîchi en 1982 tout en conservant l’esprit de ses débuts. Au menu figurent toujours les valeurs sûres comme les pancakes, les gaufres et le pain doré au sirop d’érable. Parmi autres classiques irrésistibles: le bagel au saumon fumé, la fameuse omelette Mish-Mash de Freda et les smoothies servis dans des verres épais aux contours carrés. On se croirait en 1942 ou presque ! L’endroit a quelque chose de réconfortant dans notre monde si agité. Hymie a eu l’intelligence de se concentrer sur son métier en évitant les distractions. Il n’était pas question de faire de Beautys une chaîne ou d’ouvrir d’autres succursales. L’authenticité tient aussi au lieu qui a vu naître ce petit restaurant, qui a ravi le renommé auteur et chef Anthony Bourdain lors de sa visite !

Larry, le fils unique, a pris les rènes du resto il y a quelques années et sert maintenant une troisième, voire une quatrième génération de clients ! D’abord fréquenté par des anglophones, l’endroit est devenu au fil du temps tout aussi prisé par les francophones. L’esprit y est typiquement montréalais, une caractéristique que l’on retrouve aussi chez Schwartz’s ou chez Moishes, un peu plus au sud du boulevard Saint-Laurent. La restauration à Montréal étant tributaire des modes, il est rare qu’un restaurant survive après 73 ans d’existence. En effet, les chefs passent d’un quartier branché à l’autre, au gré de l’humeur des foodies. Conserver son adresse relève donc de l’exploit. Ce tour de force, Hymie le réalise encore jour après jour : à 93 ans, il se présente encore très alerte au travail – au dire de son fils –, donnant son avis ou passant des commandes au téléphone. Ce phénomène a un nom : résilience ! Né à Montréal, ce fils d’immigrant russe avait un rêve qu’il a transformé en passion et qu’il vit encore pour le plus grand plaisir de tous. Les week-ends et les jours de fête, on fait encore la file pour aller bruncher sur le même coin de rue que dans l’ancien temps…

Beautys Luncheonette

Le Studio Luminaire