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Cheryl Johnson et Charles-Antoine Crête, duo doué de chefs

Charles-Antoine Crête est une figure à part de notre univers gastronomique. Il donne dans la démesure, mais pas dans le clinquant. Son restaurant est à son image, ou pour reprendre un mot qui lui est cher, à l’image de son univers.

Ce jour-là au Montréal Plaza, la vedette était un thon livré de Gaspésie le matin même. Sur ce sujet, comme sur tous ceux qui allaient être abordés pendant l’entrevue, Charles-Antoine Crête était intarissable, évoquant tour à tour son expérience de pêche en Australie, le couteau qu’il s’est fait faire au Japon pour couper cet énorme poisson, son lien avec les pêcheurs en région et son travail depuis des années pour que les thons provenant du Québec y restent. Bien des qualificatifs pourraient lui être attribués : excessif, intransigeant, créatif, respectueux. Fidèle, surtout, à ses convictions comme aux gens qui l’ont fait évoluer dont ses parents, la chef Cheryl Johnson ou encore Normand Laprise, avec qui il a travaillé 14 ans au restaurant Toqué !. « Le quitter, c’était comme quitter ma blonde. Ce deuil, on l’a fait ensemble. Mais on se consulte, on s’appelle tous les jours. Je lui serai éternellement reconnaissant de m’avoir permis de me développer. » C’est au Toqué ! qu’il a rencontré Cheryl Johnson, son associée, mais avant tout « ma meilleure amie, ma soeur. On se complète. Je n’aurais jamais fait ça si elle n’était pas là, et réciproquement ».

Charles-Antoine Crête n’entre pas dans le moule. Pourtant, il aime ce qui est organisé, structuré. « Moi, je suis hyperactif, complètement sauté, alors il faut que le cadre soit droit. » D’où l’importance d’être bien entouré. « Cet univers-là, c’est ma famille, mes amis qui l’ont fait. Ça me ressemble. Ceux qui y viennent se sentent bien. Enfin, je pense… », dit-il en touchant du bois, celui de la table familiale sur laquelle il faisait ses devoirs. Fabriquée par son père, elle trône désormais dans son bureau attenant au restaurant. Ébéniste sculpteur, il a aussi fabriqué la desserte, une grande table dans la salle ainsi que les colonnes de bois, travaillant de concert avec le designer Zébulon Perron. Ce dernier a amené l’idée du métal pour créer une atmosphère à michemin entre la brasserie parisienne et la maison d’inspiration canadiennefrançaise. « Sans s’en rendre compte, on a refait la maison de mes parents. » D’où la serre d’orchidées, des fleurs chères à sa mère, et la présence de plusieurs pièces de la collection d’horloges de son père. Sans compter l’atelier : « J’ai grandi dans mes outils, dont j’ai toujours besoin. » Ils lui ont notamment servi à fabriquer les lieux de vie de Ritalin, toutou offert par sa tante Germaine quand il était petit, son alter ego sur les réseaux sociaux.

« Ces univers-là font vivre le restaurant », confie-t-il. Alors que l’endroit pouvait accueillir 140 places, Charles-Antoine Crête a choisi d’en proposer 70. Il voulait par ailleurs offrir un menu et une carte des vins accessibles. « Une salle, je l’aime quand il n’y a plus de classes sociales. » Autre particularité, le Montréal Plaza est ouvert tous les soirs de la semaine. « Le pari que l’on a fait, c’est de ne pas faire de midis, mais sept soirs. » Pour ce chef hors norme, l’union fait la force : « Ce projet est collectif, comme tous ceux que je réalise. » Si le Montréal Plaza avait un slogan, ce serait fort probablement : « Un restaurant tricoté serré. »…

Si le Montréal Plaza avait un slogan, ce serait fort probablement: «Un restauranttricotéserré.»

montrealplaza.com

Photos: Xavier Girard Lachance

Cheryl Johnson et Charles-Antoine Crête, duo doué de chefs – e-mag

YUL