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Caffè Italia pour toujours

COMMENT UN PETIT CAFÉ DU BOULEVARD SAINT-LAURENT AVEC DE VIEUX MEUBLES, ZÉRO DESIGN, UNE VITRINE QUELCONQUE ET UNE ENSEIGNE ORDINAIRE PEUT-IL DOMINER LE DÉCOR MONTRÉALAIS DEPUIS SI LONGTEMPS?

J’entre pour rencontrer Nadia, mais je n’ai pas pris rendez-vous : je tombe sur Luciana Barsetti-Serri, sa maman. Très avenante, elle répond à toutes mes questions tout en m’offrant spontanément un café. L’établissement a été fondé par son père Bruno dans les années 1950, à une époque de grande émigration italienne. L’endroit attire alors beaucoup d’hommes italiens seuls qui ne savent trop où aller pour passer le temps et socialiser. Le local compte une cinquantaine de places et ne sert que des cafés et des sandwichs. Pas d’alcool. C’est une secrétaire d’un notaire installé à proximité qui est la première à demander si les femmes sont admises. Bien sûr ! On est dans les années 1970 et les tavernes aussi s’ouvrent aux dames. Aujourd’hui, la clientèle est complètement mixte. Et majoritairement canadienne-française, explique Luciana, une Toscane devenue plus québécoise qu’italienne. Ses filles Nadia et Laura y travaillent, un petit-fils aussi.

L’atmosphère est familiale, le décor figé dans le temps : on est encore en 1956 ! «Mes clients me disent : “Ne changez rien”», rigole Luciana. Pourtant, les chaises en bois fatiguées, les tabourets défraîchis et le reste de la décoration n’ont rien pour attirer les amateurs de design; seule concession à la modernité : la télé au plasma où les amateurs de calcio ou de hockey vont s’agglutiner certains jours.

Alors qu’est-ce qui fait la réputation de ce café ? Les cafés, bien sûr : Luciana fabrique son propre mélange; et les prix sont abordables: 2,75 $ pour un ­cappuccino et 1,75 $ pour un espresso. On peut y manger des croissants et autres dolce aussi. Et des sandwichs au pain ciabatta avec du rôti de porc faits maison. Une vraie cuisine familiale, de qualité et délicieuse.

Vous n’avez pas de terrasse ? «C’est trop poussiéreux sur Saint-Laurent, » justifie Luciana. De toute façon ce n’est pas un endroit m’as-tu-vu. On y va pour prendre un bon café, rencontrer des amis ou échanger avec les gens. Lors de mon passage, une cliente à l’autre bout du comptoir a compris que je cherche la raison du succès de la place et lance : «On vient trouver du réconfort», en levant le bras qui laisse voir un poignet bandé suite à une opération. C’est ça le Caffè Italia. Une leçon de marketing : qualité, bons prix, constance et authenticité. On aimerait que ça dure pour toujours.

Luciana Barsetti-Serri

Caffè Italia

Kebecson