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L’homme qui aime la vie

EN 1998, J’AVAIS DÉJÀ RENCONTRÉ JEAN HOUDE DANS LE CADRE D’UN ÉVÈNEMENT RELIÉ À L’HABITATION. JEUNE ENTREPRENEUR EN CONSTRUCTION DANS LA FIN DE LA TRENTAINE, IL AVAIT DÉJÀ UNE BELLE FAMILLE DE QUATRE ENFANTS. CET HOMME, DIPLÔMÉ DE L’UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE, M’AVAIT IMPRESSIONNÉ PAR SON ATTITUDE DÉSINVOLTE FACE À L’ARGENT. IL SE SOUCIAIT DAVANTAGE DE LA SATISFACTION DE SES CLIENTS ET DU BIEN-ÊTRE DE SA FAMILLE QUE DE SON ENRICHISSEMENT PERSONNEL, ET CE, DANS UN MILIEU RÉPUTÉ POUR FOURMILLER D’AFFAIRISTES.

Aujourd’hui âgé de 51 ans, Jean Houde n’a pas changé même si sa vie a pris un tour tragique un matin entre deux réunions au bureau. Sa femme lui annonçait au téléphone à partir de l’hôpital Sainte-Justine que sa petite dernière, son sixième enfant, souffrait de leucémie ! Une nuit d’enfer s’en suivit, bien entendu. Mais dès le lendemain, Jean Houde traitait «l’affaire» à sa manière. Comme toutes ses autres affaires. En la vivant au jour le jour, en faisant ce qu’il faut dans les circonstances. Il commença à passer des nuits à l’hôpital, à suivre l’évolution des traitements, à réconforter sa fille d’à peine 18 mois…

Annie était en danger de mort : le pronostic était mauvais. Il fallait une greffe de la moelle osseuse pour la sauver. Martin, l’un de ses frères était un donneur compatible et un garçon vigoureux : il lui offrit le précieux liquide, bien qu’il ne fut lui-même qu’un tout jeune gamin. Un long calvaire commençait pour la petite. Mais il n’y parut jamais rien, car elle avait un tempérament d’acier. Et elle recouvra la santé ! Aujourd’hui, à l’âge de 9 ans, elle est l’une des porte-parole d’une fondation de lutte contre le cancer.

Son père en a profité pour développer une de ses vieilles habitudes : celle d’aider. Il soutenait déjà des causes caritatives avant qu’Annie ne soit malade. Il changea tout simplement de cause et… certaines habitudes. Ce sédentaire, que le sport rebutait, s’est mis aux activités exigeantes. Comme faire de longues distances en vélo ou gravir des montagnes afin d’amasser des fonds pour sa nouvelle coqueluche : la Fondation Centre de cancérologie Charles-Bruneau. Une rencontre avec Pierre Bruneau permit de développer ensemble des affinités de bonté qui les amena dans l’Everest, le Kilimandjaro et le Machu Picchu !

Jean Houde est fier des sommes d’argent qu’il réussit à amasser grâce à ses clients, à ses fournisseurs et à ses amis… pour une bonne cause. À chaque année. Il veut être le meilleur collecteur de fonds. Rien ne le destine à ces sports extrêmes, et il n’y prend même pas goût. Il supporte les malaises que lui occasionne le trekking en montagne comme étant un passage obligé. Il subit des tests avant de partir pour ces excursions. Il lui arrive d’être malade et de devoir prendre des médicaments et de l’oxygène pour se rétablir. Il ne se pose pas de question, il agit. À son grand plaisir, sa femme l’accompagne et le supporte à chaque expédition.

Pour lui, quêter et escalader sont des moyens pour atteindre son but : rendre les gens heureux. Dans son travail ou dans sa vie privée, il réagit de la même manière. C’est monsieur-pas-de-problème. On dirait qu’il prend un malin plaisir à donner. Même si, pour ce faire, il faut travailler fort et de longues heures. Il se préoccupe du résultat. Bien qu’il se dise gaffeur, il ne manque pas de charme et il demeure avant tout honnête, simple et généreux.

Quand on lui demande quelle est sa passion, il ne répond pas que ce sont les enfants malades ou les défis ardus. Il réfléchit et avoue ne pas en avoir ! Puis il se ravise et évoque plutôt son amour pour le vin. Puis, il s’empresse d’ajouter qu’il ne doit pas faire d’abus, car il doit pédaler plusieurs kilomètres dans quatre jours. Et il se demande pourquoi il fait encore ce genre d’exercice. Et il enchaîne en disant que lui et sa bande cherchent de nouvelles activités inusitées (et physiques) pour amasser des fonds. Et il évoque deux autres montagnes qu’il aimerait bien gravir, l’une en Russie et l’autre… «quelque part en Afrique»… Dur à suivre cet homme au grand cœur.

Il balaie du revers de la main son implication humanitaire en disant que pour lui, c’est facile, car sa petite Annie est encore en vie. Et il a encore ses cinq autres beaux enfants. Et sa femme adorée qu’il connaît depuis l’âge de 17 ans. Et son entreprise de construction qui affiche un carnet de commande complet pour cette année. Et ses employés dévoués. Au fond, sa vraie passion, c’est peut-être tout simplement… la vie.

Photos: Michel Cloutier

Jean Houde

Jean Houde

Everest Avril 2010

Everest Avril 2010

Kilimandjaro Janvier 2009

Kilimandjaro Janvier 2009

Machu Picchu Mai 2011

Machu Picchu Mai 2011


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