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Robert Roy, un bâtisseur amoureux du vin

ROBERT ROY EST UN ENTREPRENEUR EN CONSTRUCTION AVISÉ, FONDATEUR DE SOTRAMONT, À L’ORIGINE DU PROJET DOMICILIAIRE BOISFRANC À MONTRÉAL. MAIS IL A DÉVELOPPÉ UNE PASSION POUR LE VIN QUI L’A AMENÉ À S’ASSOCIER AVEC ROBERT PARKER, GOUROU EN LA MATIÈRE, DANS UN VIGNOBLE EN OREGON

L’homme est intelligent : il sort de l’École polytechnique à 21 ans avec un diplôme d’ingénieur en poche, l’un des plus jeunes de tous les temps. Embauché dans un grand cabinet, il travaille à la construction du métro de Montréal (station McGill) et à Expo 67 (pavillon de la Corée). Conscient de ses moyens, il demande une augmentation de salaire à ses patrons. On lui accorde, mais pas assez à son goût, ce qui l’incite à lancer sa propre entreprise de construction. Il décide de tenter sa chance du côté de l’Outaouais : il déménage seul quelques mois, laissant sa femme et deux petits enfants à Montréal. Cependant, le jeune homme a de l’ambition et il s’avère avoir du flair pour les affaires. Rapidement, la famille est réunie et Roy va même jusqu’à se construire une très belle résidence. Il s’installe à l’est d’Ottawa, dans un secteur francophone, près d’amis entrepreneurs qui ont réussi eux aussi. Les contrats s’enfilent l’un après l’autre, surtout dans le secteur scolaire qui a bien besoin de polyvalentes à l’époque.

Nous sommes au début des années 70 et la société évolue à la vitesse grand V : on découvre les voyages, la gastronomie, les vins. Notre entrepreneur, qui s’est initié au fameux Nuit St-Georges et autres piquettes comme tout le monde quelques années auparavant, est devenu plus exigeant. Il faut dire que l’occasion crée le larron : Robert Roy fréquente le Cercle Universitaire d’Ottawa qui offre des soupers gastronomiques arrosés de bons crus. Lui même organise des soirées cocktails où il invite des décideurs : il brasse des affaires, tout en se faisant plaisir par un bon choix de vins. Tous ces évènements l’amènent à côtoyer des gens qui l’initient à la qualité. Lui, en bon ingénieur consciencieux et organisé, se renseigne sur les vins, les régions. Il impressionne souvent la galerie avec ses connaissances. Il a aussi une mémoire olfactive phénoménale.

Dans les années 80, il est suffisamment prospère pour se construire une maison en Floride où il passe quelques semaines par année. Dans son patelin, un homme organise des week-ends œnologiques où des conférenciers sont invités, et où l’on procède à des dégustations de grands crus. L’organisateur est fort populaire : on fait la file pour lui parler ! Robert Roy réussit cependant à passer devant tout le monde et à avoir une audience d’une heure et demi grâce à sa grande connaissance des vins. Décidément, l’ingénieur ne laisse jamais rien au hasard. Mais il ne sait pas que le hasard va porter un grand coup à son tour.

Robert Roy se fait dire par le Floridien qu’il a entendu parler de quelqu’un qui cherchait un investisseur pour son nouveau vignoble. Le monsieur en question s’appelle Robert Parker ! L’auteur d’un bulletin (The Wine Advocate) qui fait trembler le monde entier, car il note (sur 100) les meilleurs vins et son opinion est crainte et respectée de tous. Un homme qui a reçu la Légion d’honneur en France et des distinctions équivalentes en Italie et en Espagne. Il s’avère que Parker est l’idole de Roy ! Rien de moins. On offre donc au petit Canadien français de se faire ami avec celui qu’il considère le pape… dans son domaine. Un rêve ! Un rêve qui se réalise, car si Parker et son associé, Michael Etzel, sont des spécialistes du vin, ils sont de piètres administrateurs. Roy arrive donc avec un plan d’affaires bien ficelé qui impressionne. Un spécialiste du vin venait d’en rencontrer un de la finance: l’admiration était devenue mutuelle.

Parker et Etzel sont beaux-frères. C’est exactement le nom qu’ils ont donné en 1991 à leur winery, un domaine de 88 acres, situé dans les coteaux au sud-ouest de Portland dans l’État de l’Oregon. L’établissement élabore des vins à partir de pinot noir avec des standards très élevés (Parker ne vise qu’à relever la qualité des vins, tant pour lui que pour ceux qu’il note, parfois durement). La production est vendue partout à travers le monde et on la retrouve dans les SAQ Sélection, car le prix de la bouteille dépasse 125 $.

Depuis 20 ans, Robert Roy alimente sa passion pour le vin en achetant les meilleurs crus et en visitant aussi des producteurs en Europe. Pour le Domaine Beaux Frères, il s’occupe des finances, tout en détenant le tiers des parts de l’entreprise. Quand il en a l’occasion, il se fait ambassadeur en donnant des bouteilles lors d’évènements caritatifs. Comme un souper-bénéfice destiné à un organisme d’aide aux autistes qui s’est tenu récemment dans la salle de conférence du siège social de la Banque nationale où une clientèle triée sur le volet payait le gros prix pour un souper gastronomique auquel assistait Robert Parker. Il faut savoir qu’une telle sommité dans ce milieu commande des cachets astronomiques lorsqu’il fait des conférences. Le tout grâce à Robert Roy, qui a su rester simple et généreux malgré ses succès financiers et ses accointances impressionnantes (il semble connaître tout le Québec Inc.!).

Si Robert Roy a toujours été sérieux et méticuleux dans ses affaires, il a su mettre à profit sa passion dévorante en faisant de belles rencontres, de beaux voyages et du bon vin.

Robert Roy

Le domaine de 88 acres, situé dans les coteaux au sud-ouest de Portland dans l’État de l’Oregon

Robert Roy dans son vignoble Domaine Beaux Frères

Pinot noir

Robert Roy

Photos: Michel Cloutier


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