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Bang & Olufsen : qualité d’abord

PHOTOS: PAUL-ANDRÉ LAROCQUE

ON RECONNAÎT LES PRODUITS DU FABRICANT DANOIS À LEUR DESIGN ÉPURÉ. ON EN APPRÉCIE AUSSI LE FONCTIONNEMENT CONVIVIAL. MAIS ON OUBLIE TROP SOUVENT QUE CE QUI CARACTÉRISE SURTOUT B & O, C’EST SON ENGAGEMENT INDÉFECTIBLE ENVERS LA QUALITÉ.

Beogram 4000 (1972)

Les appareils sont toujours spectaculaires. Les lignes sobres, le superflu honni. Le résultat final ne succombe jamais à la mode de l’heure, il a plutôt un côté intemporel. C’est la quête de l’excellence qui fait que Bang & Olufsen représente une compagnie unique en son genre. Et cette spécificité remonte à la création même de l’entreprise il y a plus de 85 ans.

Le siège social (2011)La ferme (1927)
Peter Bang, qui naît à l’aube du XXe siècle, a une formation d’ingénieur et non de designer. Il se passionne pour la radio et baigne dans un monde d’innovations technologiques. Svend Olufsen et Peter Bang (1932)Son père Camilo Cavour, prospère marchand à Copenhague, fut un des premiers Danois à posséder une voiture, à s’éclairer avec une ampoule, à avoir un téléphone et un gramophone. Le commerce qu’il dirige met de l’avant des valeurs qui influenceront Peter : diligence, innovation et bonnes relations de travail. Son diplôme en poche, Peter se rend quelques mois aux États-Unis où il se renseigne sur l’industrie naissante de la radio, inventée en 1907 par Lee De Forest. À son retour au Danemark, il est invité par un ancien collègue d’université à travailler avec lui. Le jeune Svend Olufsen, à l’instar de Steve Jobs (Apple) et Bill Gates (Microsoft) quelques décennies plus tard, bricole dans son grenier. Les deux hommes mettent au point un premier appareil : un récepteur radio électrique. Nous sommes en 1925, la compagnie Bang & Olufsen voit le jour. Le père de Svend, un député prénommé Peter, participe au capital de la nouvelle entreprise, tout comme Camilo Cavour qui deviendra président, et le sera pendant de nombreuses années. Les familles scellent une collaboration qui va perdurer.

  »Avoir le courage de constamment remettre en question l’ordinaire, à la recherche d’expériences durables et surprenantes. »  (Peter Bang)

Mains Receiver (1925)Eliminator (1927)Streamlined Beolit (1938)
Le succès se présente en 1927 avec le développement d’un appareil appelé Eliminator. Comme son nom l’indique, il élimine la nécessité d’avoir des batteries pour faire fonctionner la radio : on peut brancher son poste directement dans le courant électrique. Une révolution ! Un autre deux ans, et un cousin de Bang, Harald Linnet, accouche du Five Lamper (qui contient cinq tubes), une radio de deuxième génération qui fonctionne directement sur le courant domestique dans un élégant boîtier en noyer et en érable. Puis, les modèles s’enfilent, toujours plus innovants les uns que les autres. Comme le radio-gramophone, un deux en un, qui coûte le salaire annuel moyen d’un Danois ! Plus tard, c’est le phonographe qui change les disques automatiquement. Ou le premier poste de radio en bakélite, une matière plastique développée 30 ans plus tôt mais jamais utilisée à cette fin. Déjà, le design est novateur pour l’époque dans cette industrie : la grille du haut-parleur est directement inspirée par la calandre de la Buick du père de Peter ! Autre trait qui se dévoile, le nom de la chose : Beolit 39. Tout ce qui suivra (ou presque) sera prénommé Beo (comme dans B et O) : Beocord, Beomaster, Beogram, Beovision… Cette façon de faire, qui simplifiait le travail de l’enregistrement des produits lors de l’exportation, ne manque pas de rappeler Apple plus tard avec ses iPod, iPhone, iPad…

Beomaster 1900 (1975)

Puis la guerre ralentit le développement de la compagnie. Peter reste à l’usine à Struer pendant l’occupation nazie alors que son associé fait de la résistance à Copenhague. Au bout du compte, les Allemands finissent par détruire les installations de B & O en guise de représailles envers ces entrepreneurs pas trop collaborateurs. Dès 1945, on s’attèle à la reconstruction et on manufacture des rasoirs électriques qui remplacent les radios pour cause de pénurie de tubes. En 1947, B & O lance le Beocord 84U, le premier enregistreur grand public. Television (1950)La compagnie fait aussi sa marque dans le domaine du cinéma avec sa Cinemachine, et produit son premier téléviseur en 1950. Six ans plus tard, des microphones B & O seront installés à l’ONU à New York ! Comme on peut le voir, le spectre de la production s’élargit : la radio n’est plus le seul intérêt de l’entreprise, mais celle-ci demeure dans l’audiovisuel. Et l’avènement de chaque nouveauté est l’occasion d’innovation, voire de révolution.

Même après le décès prématuré des fondateurs, Svend en 1949 et Peter en 1957, B & O sait rester innovante. Il faut dire que quatre designers ont su en maintenir l’esprit : Ib Fabiansen (entre 1959 et 1964), Henning Moldenhawer (1964-1970), Jacob Jensen (1967-1985) et surtout David Lewis depuis les trente dernières années. David Lewis (1991)Lewis est décédé au moment d’écrire ces lignes, le 11 novembre 2011 ! Il était le créateur derrière plusieurs produits phares de B & O. Comme le Beocenter 9000 (où il fait disparaître certaines commandes secondaires de l’appareil), le Beosystem 2500 (où il repense la façon de présenter et faire jouer les CD), Beosound 9000 (le lecteur de CD qui peut en contenir six à la fois) et le Beolab 5 (où les enceintes acoustiques prennent des formes inattendues et donnent une qualité de reproduction jamais entendue). Une des créations de Lewis se retrouvera même au MoMA, le musée d’art moderne de New York. Ce tour de force, le designer Jacob Jensen le réalisera à quelques reprises dans les années 70. Pas étonnant que l’idée du design soit si intimement associée à B & O.

Encore aujourd’hui, Bang & Olufsen continue à innover et à surprendre. Toujours avec une esthétique caractéristique. Mais en ayant en tête, cette phrase de Peter Bang : «Une volonté infaillible de créer seulement le meilleur.»

Beosound 9000 (1996)Beosystem 2500 (1991)

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