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Ogilvy , la grande dame de la rue Sainte-Catherine

QUAND UN ÉTABLISSEMENT ATTEINT UN ÂGE AUSSI VÉNÉRABLE QUE 145 ANS, ON PEUT PARLER D’UNE INSTITUTION. SURTOUT S’IL ÉVOLUE DANS UN DOMAINE AUSSI DIFFICILE QUE LE COMMERCE AU DÉTAIL.

PHOTO: OGILVY

OGILVY

C’est en 1866 que James Angus Ogilvy lance modestement son magasin avec un seul employé, placé derrière un unique comptoir. Au troisième déménagement, toujours autour de la rue de la Montagne, l’immeuble actuel est construit sur Sainte-Catherine en 1912. Quinze ans plus tard, le financier d’origine écossaise Arthur J. Nesbitt achète le magasin et le fait opérer par son fils de vingt ans, Aird. Celui-ci a le sens du commerce, car l’établissement devient rapidement populaire avec un positionnement le distinguant de ses concurrents. En 1928, la Salle Tudor, sise au cinquième étage de l’édifice, devient la première salle de musique à Montréal, d’où l’on diffusera, via le studio de CKAC et CFCF, des concerts de l’Orchestre symphonique à travers le Canada. Elle est reconnue pour ses riches lambris de chêne et un grand orgue. En 1947, Aird Nesbitt inaugure un futur classique du temps des fêtes pour des générations de Montréalais et de banlieusards, ainsi que pour les touristes : la vitrine de Noël. Le Moulin dans la forêt, c’est plus d’une centaine de pièces mobiles mettant en vedette toute une ménagerie d’animaux de peluche faits à la main en Allemagne par la compagnie Steiff : des lapins à la corvée, des ours et des canards qui dansent, des singes qui chahutent et des grenouilles qui cabriolent. Le spectacle ravit petits et grands. Une autre coutume voit le jour en 1950 et a encore cours aujourd’hui : le cornemuseur déambulant dans le magasin entre midi et 13 heures.

En 1987, Ogilvy procède à des rénovations importantes et effectue un virage en lançant un concept alors unique au Canada : regrouper des boutiques indépendantes sous un même toit. Chacune se distingue par son caractère en s’intégrant au thème particulier de chaque étage. Mode pour femme et pour homme, bijoux, bagages, cosmétiques, parfums, chaussures, fourrure : on trouve des griffes aussi prestigieuses que Burberry, Christofle, Hugo Boss, Jaeger, Lacoste, Laurel, Louis Vuitton… Il y a aussi des articles pour la maison, comme des meubles et de la literie fine (chez Design Louis George), ou des tapis (Nouraie), mais aussi un fleuriste (Gilchrist), une papeterie (Essence du Papier), une chocolaterie (Godiva), un restaurant…

Depuis l’été dernier, Selfridges Group, une société contrôlée par Galen Weston (le pain Weston et les supermarchés Loblaw, mais aussi Holt Renfrew), s’est portée acquéreur d’Ogilvy. L’aventure continue donc sous de bons auspices, car le nouveau propriétaire est un homme d’affaires avisé. Ce neuvième enfant de la famille, qui a vendu des sapins de Noël dans sa jeunesse, saura sans doute assurer la pérennité de la marque et de la fameuse vitrine de Noël, l’une des belles traditions de la Grande Dame de la rue Sainte-Catherine.

Ogilvy, 1307, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal, 514 842 7711

YUL