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Bravo, signor Bonaldo!

En Italie, on observe une activité économique intense et très créative dans le nord du pays. Il existe un grand nombre de compagnies extrêmement dynamiques, même dans des secteurs hautement compétitifs comme celui du meuble. Parmi la centaine de ces entreprises, Bonaldo n’est pas la plus importante ni par son chiffre d’affaires, ni par ses effectifs. Mais elle tire bien son épingle du jeu et représente un joueur qui compte vraiment, même à un niveau mondial. Car Bonaldo et les autres doivent se battre contre le gigantisme américain ou l’hégémonie chinoise en matière de prix. La seule façon de survivre, voire de s’imposer est d’offrir de la qualité, de faire preuve d’innovation et de jouer à fond la carte du design. C’est la voie qu’a choisie Bonaldo.

Fondée par Giovanni Vittorio dans la région de Padoue en 1936, la compagnie alors spécialisée dans l’usinage du métal ne compte que quelques employés et ses méthodes sont plutôt artisanales. En 1958, le fils Albino commence à faire des matelas, des bases de lit et des lits en métal. À partir de 1965, on met l’accent sur les meubles en acier tubulaire, puis les canapés, avec une division appelée Styling. L’âge d’or pour elle commence dans les années 80 sous la houlette d’Albino Bonaldo, accompagné de sa femme et, plus tard, de sa fille Sabrina et de son fils Alberto. L’aspect familial, au sens large, est d’ailleurs important dans les opérations du manufacturier ; à titre d’exemple, l’album anniversaire des 70 ans consacre plusieurs pages à des photos des employés, des personnes sur lesquelles Bonaldo a bâti son succès. Tous partagent la même passion pour le travail bien fait. La société trouve aussi important de tout fabriquer en Italie. Dans sa grande usine de Villanova en banlieue de Padoue, on fait la soudure, la peinture, le rembourrage, le roto-moulage plastique… Il y a bien sûr de la soustraitance, pour le traitement du chrome, la fabrication du verre, le tannage du cuir ou le taillage du bois, mais cela s’effectue dans la région (appelée le Triangle de la chaise, qui contient une masse critique de divers entrepreneurs spécialisés) ; tout en se préoccupant de travailler d’une manière écologiquement responsable. On est bien loin du modus operandi de certaines grandes marques : délocalisation, main-d’oeuvre exploitée et pratiques douteuses. La façon de faire se répercute dans les prix, mais également dans la qualité des produits ; résultat : du haut de gamme de bon aloi. Pour arriver à ses fins, Albino Bonaldo n’hésite pas à acquérir robots et ordinateurs destinés à la production de certaines pièces. En ce sens, il suit une longue tradition de son entreprise en vertu de laquelle la technique occupe une place prépondérante. Certaines tables empruntent d’ailleurs des matériaux propres à l’industrie aéronautique, telle la fibre de carbone. Et la finition est toujours irréprochable, même si des parties du meuble restent dérobées au regard du consommateur. On est loin des canapés bas de gamme où la cuirette cède la place à du plastique dans les endroits moins visibles, comme derrière le dossier…

La décennie 90 marque un tournant important dans l’histoire de Bonaldo. Les designers font leur entrée dans le catalogue et deviennent de nouveaux gènes de la compagnie. Dorénavant, en plus de son centre de recherche interne, Bonaldo va collaborer avec de grosses pointures de la planète design. Elle invite le Britannique Ron Arad, le Japonais Toshiyuki Kita, le Canado-Américain Karim Rashid, l’Italien Massimo Iosa Ghini (dont la table H2O est la pierre angulaire du changement de cap de Bonaldo), à créer de l’ameublement, pour lequel plusieurs types de matériaux sont utilisés : acier, verre, bois, cuir, tissu, plastique… Cette habitude de faire appel à des designers de partout à travers le monde est une tendance lourde en Italie. Bonaldo l’a rapidement adoptée, mais en élaborant des produits qui correspondent à sa capacité de fabrication et à l’expertise de la société. Et, bien sûr, au goût des consommateurs. À cet égard, Albino a toujours eu la bonne idée de prêter une oreille attentive à la critique. Comme celle de l’un de ses principaux revendeurs mondiaux : Louis Pauzé. Ce designer montréalais tient boutique ici depuis 20 ans sous le nom de… Bonaldo, même s’il y vend aussi des tapis nanimarquina et des lampes Artemide. Il n’a jamais caché à celui qu’il appelle affectueusement imperatore le fond de sa pensée sur le confort ou l’allure d’un meuble. Et l’«Empereur» en a souvent tenu compte dans ses décisions finales. Pas étonnant, car les deux hommes partagent cette passion pour le design et le travail impeccable.

Aujourd’hui, Bonaldo met en valeur sa collection complète dans un showroom de 6000 m2 à Borgoricco, à même l’ancienne usine Styling, reconvertie par Mauro Lipparini, un fidèle collaborateur. On y découvre des meubles bien conçus, bien construits et qui auront une belle pérennité. Depuis 2000, le fabricant a remporté une flopée de prestigieux prix. Même les Chinois reconnaissent ce succès puisqu’ils achètent cette marque lorsque vient le temps d’afficher leur prestige ! La société résume très bien elle-même son ADN par une formule aux allures mathématiques : Design + Passion + Technique = 100 % Bonaldo.

Bonaldo, bonaldo.it

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Fauteuil Ron-Aldodown, Ron Arad, 2003

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Table H20, Massimo Iosa Ghini, 1999

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Big Table, Alain Gilles, 2009


la compagnie alors spécialisée dans l’usinage du métal ne compte que quelques employés et ses méthodes sont plutôt artisanales.

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Presse à métal pour façonner piètements de chaise et bases de lit : symbole du point de départ du fabricant.


Conçu par Mauro Lipparini, le showroom a valu plusieurs prix à Bonaldo, dont un Good Design Award.

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