Loading...

Luigi Chinetti junior, monsieur Ferrari

Partout dans le monde, ceux qui connaissent la petite et grande histoire de l’automobile savent que les noms de Ferrari et Chinetti sont indissociables. Il est à peu près certain que le premier n’aurait jamais existé sans le second. Luigi Chinetti est en effet celui qui a convaincu Enzo Ferrari, alors âgé de 50 ans, de construire des voitures de sport en lui promettant d’en assurer la vente à de riches Américains en quête d’exclusivité.

Jusque là, Enzo Ferrari avait acquis une solide réputation en course automobile, mais le sport ne bénéficiait pas à cette époque des faramineuses commandites d’aujourd’hui. Et pendant les premières décennies, suivant l’implantation en 1947 de Ferrari à Maranello, M. Chinetti a amené l’eau au moulin en vendant suffisamment de véhicules aux États-Unis pour que l’usine italienne continue de tourner.

Aujourd’hui, Enzo et Luigi ne sont plus parmi nous, mais leur héritage est toujours vivant, notamment par le biais de leurs fils respectifs Pietro et Luigi junior. Ce dernier, âgé de 70 ans, est toujours la référence pour tout ce qui touche à Ferrari. Sa vie entière a gravité autour des héros et des voitures qui ont forgé la réputation de la marque.

Ses connaissances vous diront qu’il s’agit d’un bonhomme débordant d’enthousiasme, de joie de vivre et d’humour et qui n’a surtout pas la langue dans sa poche. Tel que l’on pouvait le supposer, il nourrit unepassion pour les voitures et les prototypes arborant l’emblème du cheval cabré. Cet enthousiasme n’est cependant pas factice et Luigi junior vous dira, au grand dam de mon ami Richard Petit, que la très célébrée Daytona 365 GTB4 n’est rien d’autre qu’un bon taxi, même s’il a déjà décroché la 5e position à son volant lors des 24 Heures du Mans en 1971.

Si l’on inverse la question en lui demandant quelle est la plus belle des Ferrari, il vous répond avec son humour ponctuel que «c’est la prochaine», comme quoi la passion l’habite encore.

Un palmarès louable

Dès son jeune âge, Luigi junior a été immergé dans l’univers Ferrari et il a touché à tout.

Il a même balayé le plancher des ateliers avant de se tourner vers le design, un talent qui ne l’a pas quitté et qu’il aimerait développer afin de créer en petite série des modèles uniques en collaboration avec des carrossiers italiens. Il s’est aussi distingué en course automobile. Contrairement à son illustre père, qui gagna à trois reprises les 24 Heures du Mans, il ne tire pas un très grand orgueil de ses résultats comme pilote. Il a quand même signé d’honorables prestations à une époque où la course automobile était une source de plaisir plutôt qu’une façon de gagner sa vie. Et comment ! Luigi junior raconte en riant le jour où un pilote de son écurie a bousillé le moteur de l’une des voitures quelques heures avant de disputer l’épreuve dans laquelle ils étaient engagés. «Je suis parti avec mon mécano faire le tour du stationnement où nous avons repéré une Ferrari identique à la nôtre. On a simplement ouvert le capot et démonté le moteur pour ensuite le transporter jusqu’au paddock. On l’a installé dans la voiture et nous avons pu faire la course. Évidemment, j’avais laissé un mot au propriétaire lui disant de passer au garage lundi matin pour qu’on lui installe un moteur tout neuf. Et le tour était joué.». Vrai ou faux? Je vous laisse le soin de décider, mais ayant eu vent de toutes les frasques commises à l’époque au nom de la passion du sport, je ne serais pas surpris de l’authenticité de cette histoire. Sur une note tout aussi légère, Luigi junior raconte qu’en réponse à un journaliste qui lui demandait comment il pouvait, malgré son jeune âge, à 27 ans, courir avec une coûteuse 250 LM, il avait répondu que c’était tout ce qu’il avait.

Drôle de rencontre

La façon dont j’ai fait la connaissance de Luigi Chinetti junior tient aussi de l’anecdote la plus cocasse. Cela s’est passé au volant d’une voiture, lui dans une Ferrari et moi dans une Porsche et à plus de 250 km/h pendant les 24 Heures de Daytona en 1971 vers 2 heures du matin. On se bagarrait, lui filant comme une fusée sur la longue ligne droite arrière et moi le dépassant dans la partie plus sinueuse du circuit. Le manège se répétait de tour en tour, si bien qu’après un certain temps, on se saluait de la main en se doublant. Et ce fut là, ma première rencontre avec Luigi Chinetti junior.

Évidemment, on s’est revu à plusieurs reprises et à quelques occasions au circuit Mont-Tremblant où, à sa première visite, il avait vu son magnifique prototype 250P s’envoler en fumée après avoir roulé dans les flammes répandues par une voiture incendiée qu’il n’avait pas eu le temps d’éviter. Paraîtrait que son paternel à qui il l’avait emprunté sans permission n’était pas fou de joie au retour de fiston à New York.

Depuis ce temps, celui que l’on surnomme Coco, n’a pas vieilli d’un poil et se considère toujours comme un adolescent. Il travaille actuellement à restaurer ses Ferrari célèbres ayant fait partie de l’équipe NART (North American Racing Team) entre 1958 et 1982, et aussi à dessiner des prototypes comme il le faisait dans le temps, notamment avec la première Ferrari familiale, sur la base d’une Daytona. Au plan personnel, il a refait sa vie au Québec, dans la région de Gatineau, où il vit en partie avec sa compagne Jacqueline, une Québécoise à laquelle il a transmis la flamme Ferrari.

Photos: Lyndon McNeil

m11-passion-luigi-chinetti-junior-01

Luigi Chinetti jr., monsieur Ferrari

m11-passion-luigi-chinetti-junior-et-son-pere-1960

Luigi Chinetti junior en compagnie de son père en 1960.

m11-passion-luigi-chinetti-junior-07

Les Chinetti père et fils devant la 166 Barchetta qui marqua la 3e victoire de ce modèle en 1949.

m11-passion-luigi-chinetti-junior-02

Les réjouissances et célébrations à l’issue de la 5e place au classement général et d’une victoire en catégorie de Luigi Chinetti junior à l’occasion des 24 Heures du Mans 1971.

m11-passion-luigi-chinetti-junior-04

La superbe Ferrari Daytona sur le circuit qui lui donna son nom, à Daytona Beach en Floride.

m11-passion-luigi-chinetti-junior-03

Toujours au volant de la Daytona, cette fois pendant les 24 Heures du Mans au début des années 70.

m11-passion-luigi-chinetti-junior-piero-ferrari-et-sergio-pininfarina

Trois fils célèbres : Luigi Chinetti junior, Piero Ferrari et Sergio Pininfarina dans le prototype Posti (trois places) à Pebble Beach en Californie.

m11-passion-luigi-chinetti-junior-ferrari

L’inventaire de Chinetti Motors vers 1970 : quatre monoplaces et une GT de course.

m11-passion-luigi-chinetti-junior-signe-un-record-du-monde-de-vitesse-pour-sa-categorie En 1975 sur les sables de Bonneville aux États-Unis, Luigi Chinetti junior signe un record du monde de vitesse pour la catégorie. À droite, un peu dans l’ombre, le célèbre et regretté Paul Newman.

m11-passion-luigi-chinetti-junior-06

Chinetti père et fils avec la Ferrari 290 MM, voiture gagnante de la course sur route Mille Miglia vers 1950.

m11-passion-luigi-chinetti-junior-05

Luigi et Jacqueline à Carpi en Italie lors de la première sortie de la Ferrari 275P 0812 à l’issue d’une longue restauration.

m11-passion-ferrari

Silestone