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Synergie d’une rencontre

Un homme d’affaires décide de s’installer avec sa famille à ville Mont-Royal et de confier la construction de sa nouvelle maison à l’architecte Michael Pitsas. Cette rencontre va les amener beaucoup plus loin qu’ils ne l’auraient imaginé…

D’origine européenne, le client s’est fait dire que cette ville de banlieue du centre de l’île de Montréal serait un milieu de vie agréable pour lui, sa femme et ses deux adolescents. Créée en 1912 à l’initiative de la Canadian Northern Railway, ville Mont-Royal se voulait une cité idéale, inspirée du modèle de Washington, D.C. Cependant, trouver un lot pour construire s’avère pratiquement impossible dans cette municipalité dont le développement est aujourd’hui à maturité. Notre homme déniche quand même sur le chemin Rockland une maison abandonnée depuis plusieurs années. Une candidate idéale à la démolition, d’autant qu’elle a besoin d’une décontamination. C’est à ce moment qu’entre en scène l’architecte Michael Pitsas, surtout spécialisé dans le secteur commercial. Les deux hommes conviennent d’un plan : construire un cottage dans un esprit split level (maison à demi-niveaux au toit légèrement incliné), comme on en trouve de beaux spécimens sur cette rue. La Ville est d’accord avec cette approche, car le bâti va bien s’insérer dans le tissu urbain. La résidence de 10 000 pi2, comprenant deux étages et un soussol, se marie donc avec le voisinage immédiat : une école et un grand parc.

L’architecte décide que les activités de la maisonnée seront concentrées vers l’arrière, où l’on trouvera une abondance de fenêtres (Alumilex) et une jolie cour équipée d’une piscine. Pour s’assurer de bénéficier d’intimité et de tranquillité, il installe un premier corps de bâtiment constitué du garage, de l’entrée et d’une bibliothèque. Une fois cette barrière sonore franchie, on se dirigera vers les pièces à vivre déployées en « L ». Dès l’entrée, le regard peut embrasser l’aménagement complet, y compris celui de l’extérieur. Ce qui frappe, c’est un foyer installé en plein centre, habillé d’un marbre italien. Véritable sculpture, il s’élève à plus de 20 pieds. C’est l’un des éléments que Michael Pitsas et Patricia Boileau, sa collaboratrice, ont baptisé meublessculptures. Un escalier aux lignes sinueuses et une colonne en acier inoxydable sont d’autres exemples de ce concept.

L’architecte reconnaît avoir eu un client hors pair : un homme de goût, cultivé, amateur de belles choses. Les deux s’entendent comme larrons en foire et ne se gênent pas pour surenchérir, en quête de la perfection. On n’hésite pas à revoir un détail, voire à changer d’idée complètement afin d’améliorer le résultat. Michael Pitsas ne compte pas ses heures, conscient qu’il réalise le projet architectural de sa vie avec ce client complice. Ils deviendront d’ailleurs des amis au terme des deux ans et demi de travaux. L’architecte se fend en quatre pour trouver des matériaux que personne n’utilise : marbre somptueux et bois rare sont au menu. Du marbre toscan cipollino aux veines marquées est utilisé pour le salon. Pour réchauffer le tout, Pitsas se fait proposer par son ami ébéniste Marfoglia une essence d’Afrique, le makore. Afin d’être certain de disposer de la bonne quantité de bois, on a même acheté l’arbre sur pied ! Autre curiosité : l’architecte et son client étaient à ce point sur la même longueur d’onde que le second a laissé au premier le soin d’acheter tasses et verres, voire des toiles de peintres connus (Galerie Bellefeuille). Un tel crescendo pour cette aventure, voilà qui n’était pas planifié : animés d’une même passion pour le beau, les deux hommes ont vécu une sublime expérience de pure créativité.

Synergie d’une rencontre

Photos: Adrien Williams

McLaren