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Stuart Weitzman, toujours à pied d’oeuvre

Fort d’une carrière de plus de 50 ans, Stuart Weitzman figure aujourd’hui au panthéon des grands noms de la mode. Rencontre avec l’homme derrière la marque éponyme.

Né en 1941 à Long Island, dans l’État de New York, Stuart Weitzman a grandi entouré de chaussures. Digne héritier de son père, fondateur et âme dirigeante de Mr. Seymour Shoes, il a commencé très tôt à développer son art. Travaillant auprès de son père dans l’usine de chaussures Mr. Seymour Shoes de Haverhill, au Massachusetts, le jeune homme a ainsi acquis les rudiments du complexe métier de bottier, allant même jusqu’à créer plusieurs modèles de chaussures au cours des années 60. Malgré cela, il n’avait pas dans sa mire professionnelle une carrière dans ce domaine. En 1963, après avoir décroché son diplôme à la prestigieuse Wharton School of Business de l’Université de Pennsylvanie, Weitzman envisageait plutôt de conquérir Wall Street.

Le décès de son père le ramènera dans le giron de l’entreprise familiale. « Je n’ai jamais regardé en arrière », confie-t-il volontiers au sujet de son retour à Haverhill en 1965 où, avec son frère, il a repris les rênes de Mr. Seymour Shoes. Son talent indéniable pour le design, jumelé à son flair pour les affaires et à ses connaissances en production et en distribution, ont permis à l’entreprise de prendre un essor considérable. Bien que la compagnie Mr. Seymour Shoes ait été vendue en 1977, Weitzman est demeuré président de la division Mr. Seymour, qui deviendra en 1986 la marque Stuart Weitzman. Dessinées et fabriquées à Elda, en Espagne, depuis plus de 35 ans, les chaussures de la légendaire marque ont permis à son créateur d`obtenir le titre de Hijo Predilecto y Adoptivo, que l’on pourrait traduire par « fils adopté favori de la ville », une reconnaissance rare qui n’a été accordée qu’à quatre personnes depuis la guerre civile espagnole. Lorsqu’on lui demande s’il songeait déjà à créer une marque aussi importante lorsqu’il travaillait aux côtés de son père, le designer nous répond d’emblée : « Ma motivation première a toujours été de créer des chaussures fabuleuses qui donnent envie aux femmes de sourire. La renommée et le succès de la marque ont été une agréable surprise. » Cela n’a rien d’étonnant : ses célèbres sandales Nudist et ses cuissardes 5050 font partie de la garde-robe de bon nombre de célébrités et de fashionistas. Au sujet de sa marque, Weitzman commente : « Je crée pour la femme d’aujourd’hui, une femme férue de mode, mais également en quête de confort. »

DES CHAUSSURES PAR MILLIONS

Malgré un succès planétaire – la marque est vendue dans plus de 70 pays –, Stuart Weitzman reconnaît que c’est la création de ses « Million dollar shoes » (des escarpins d’un million de dollars sertis de pierres précieuses) qui a marqué le point tournant de sa carrière. À partir de 2002 et pendant plusieurs années, Weitzman a créé un modèle unique destiné à être porté par une actrice mise en nomination aux Oscars. Laura Harring, vedette du film néo-noir Mulholland Drive, a été la première à conquérir le tapis rouge chaussée des escarpins-cultes aux talons sertis de 464 diamants. Le film n’a pas remporté de statuette, mais les précieux talons hauts portés par la vedette ont fait l’objet de la deuxième nouvelle la plus populaire dans les médias ce soir-là. « Du jour au lendemain, le nom de la marque était sur toutes les lèvres », dit Weitzman, dont les créations accompagnent désormais celles des ténors de la haute couture comme Armani ou de la Renta sur les tapis rouges.

En 2012, le magazine Footwear News (publié par l’entreprise qui diffuse aussi les magazines Woman’s Wear Daily, Details et W) a décerné à Stuart Weitzman un prix spécial pour l’ensemble de sa carrière, faisant de lui le deuxième récipiendaire à vie d’un tel honneur de la part de ce leader de l’industrie. À l’instar de celui de tous les grands maîtres, le regard de Weitzman est surtout tourné vers l’avenir. Dans toutes les sphères de son métier, il cherche constamment des occasions d’innover. C’est ainsi qu’en 2013, en collaboration avec la renommée architecte Zaha Hadid, le créateur a ouvert une première boutique-phare à Milan, qui sera suivie d’une seconde à Hong Kong en 2014. Les boutiques créées par Hadid se distinguent par leur architecture futuriste faisant la part belle aux courbes stupéfiantes. Le contraste ainsi créé entre le design moderne et la mode classique est la parfaite représentation de cette marque toujours à l’avantgarde. Avec ce parti pris vient bien sûr la réinvention constante. L’escarpin Nearlynude (soeur cadette de l’escarpin Nudist, mais avec un talon monobloc) vole la vedette d’une campagne de publicité de la collection printemps 2016 de la marque. Il est porté par les mannequins et amies du créateur, Gigi Hadid, Joan Smalls et Lily Aldridge, qui ont été photographiées presque nues (portant seulement les talons hauts stylisés) par le légendaire photographe de mode Mario Testino. Cette volonté de sans cesse se réinventer est au coeur même de la marque Stuart Weitzman. C’est aussi à cause de cette volonté que, depuis des années, les femmes craquent toujours autant pour ses chaussures à la fois confortables et intemporelles.

Weitzman a indéniablement contribué à modifier le paysage de la mode, non seulement dans sa ville natale de New York, mais aussi dans le monde entier – un rôle de fer de lance qui repose sur sa créativité sans limites et son panache. Il crée pour le moment présent, s’inspirant de toutes les femmes du monde. Lorsqu’on lui a demandé de nous dire si, à son avis, le design faisait partie de son propre ADN, il nous a répondu « oui » sans hésitation. Nous le croyons aussi.

stuartweitzman.ca

Stuart Weitzman, Toujours à pied d’oeuvre – e-mag

Roche Bobois