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Maison Marie Saint Pierre Portrait d’une surdouée

En 1986, une étudiante déterminée obtient son diplôme en stylisme du Collège LaSalle. Trente ans plus tard, son nom est inscrit au panthéon des grands créateurs. Ce n’est pas un effet du hasard…

Marie Saint Pierre collectionne les honneurs sans les rechercher. Son but est celui qui anime les créateurs à la tête de leur propre maison, soit faire preuve d’une créativité artistique renouvelée et permettre la pérennité de leur entreprise. Son parcours frôle le sans-faute, elle qui est la première Québécoise à présenter son travail durant les Collections Créateurs à Paris. « Je suis allée en Europe pour voir si ce que je faisais avait du sens, si j’étais capable de me mesurer à l’international. J’allais valider la technicité, l’inventivité de la marque. » Alors que son agente de presse lui conseille de s’installer dans la Ville Lumière, elle tombe enceinte de sa fille et choisit de rester au Québec. On pourrait presque écrire que le reste appartient à l’histoire, mais ce serait faire abstraction des efforts mis ces trois décennies pour devenir et demeurer un joueur émérite du marché du luxe avec trois boutiques montréalaises et une nouvelle à Miami. « C’est difficile d’être en affaires ici. Le monde financier n’est pas très friand des femmes dans son environnement. Comme entrepreneur, on essaie de ne pas subir d’échec cuisant, parce que l’on pourrait ne pas se relever. Il faut avoir un regard très cru sur son travail, sur son équipe, sur la production. »

Associée avec sa soeur, la designer dit avoir un certain flair. « Quand quelque chose me dérange, je vais faire physiquement le tour de l’entreprise et je laisse mon instinct me dire par laquelle des trois portes entrer. » C’est certainement mue par ce sixième sens qu’elle a choisi de créer différemment. « Je travaille sur modèle vivant et en mouvement, car pour moi, tout doit être beau à tout moment. » Toutes les créations de Marie Saint Pierre sont entièrement conçues et produites à Montréal. On évoque l’approche architecturale si spécifique qu’elle a du vêtement. « J’habille des femmes pour qui un vêtement est aussi une attitude, un vêtement qui a une fonction extérieure à sa seule beauté. » Elle ajoute que la dimension recherche et développement, alliant technologie et artisanat, « fait partie de l’ADN de la Maison Marie Saint Pierre depuis toujours. » Pendant notre entrevue, les termes « travail » et « exigence » se déclineront souvent. Avec six collections à produire annuellement et des projets connexes, il ne saurait être question de se reposer sur ses lauriers. « Il faut du temps avant de pouvoir dire que l’on fait du luxe; on n’arrive pas là par hasard ou parce qu’on l’a décidé. C’est parce que le produit est validé comme tel et qu’il correspond à certaines normes d’éthique de fabrication. Il faut plusieurs années et un certain volume d’affaires aussi, sinon on reste dans l’artisanat. » Le secret pour durer réside donc dans une exigence envers soi et les autres qui ne se dément pas, et une curiosité quant à ce qui se fait, certes, mais surtout quant à ce qui se fera. Marie Saint Pierre dit s’intéresser à tout, tant en termes de médias sociaux que d’avancées scientifiques, puisque ces dernières pourraient influencer le domaine textile, donc son matériau de travail. « Souvent, l’étoffe que j’ai en tête n’existe pas sur le marché. J’en achète donc deux ou trois autres et je les fusionne grâce à un procédé que j’ai mis au point. Cela me permet entre autres de tracer des volumes qui défient la gravité. » Dépassement de soi et de toute forme de limite, vous dites ? « J’ai toujours été anticonformiste; je veux aller plus loin. Si j’avais le sentiment d’arriver à quelque chose, j’arrêterais tout », de conclure la créatrice.

Dans les coulisses…
La collection d’automne offre la vision de Marie Saint Pierre d’une féminité plurielle interprétée à travers desrobes, blouses et vestes aux couleurs mi-pastel, miacidulées, voire gris brouillard ou bleu minuit. Une inventivité dans les teintes couplée à l’innovation dans les tissus, dont un néoprène velours constitué de laine. « Pour la collection du printemps 2017, je me suis particulièrement attardée aux textures et aux reliefs. Je joue également avec le poids de la matière : la légèreté aérienne du néoprène cohabitant avec la lourdeur presque liquide d’un jersey de soie. Certaines pièces sont très androgynes, puisque j’ai constaté qu’un nombre grandissant d’hommes s’approprient ma marque. Et puis, je me suis permis une pointe d’audace, voire d’insolence, dans l’utilisation inattendue d’un motif de fleurs vu au travers d’un kaléidoscope. »

mariesaintpierre.com

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