Loading...

PIERRE SIMARD, L’homme discret

Son nom ne sonne pas immédiatement une cloche dans la tête du grand public. Pourtant, Pierre Simard et ses partenaires sont derrière plusieurs des transactions qui ont façonné le Québec inc. ces dernières années. De concert avec des gestionnaires dynamiques et des fondateurs visionnaires, il a piloté la création de MUST, un nouveau leader du meuble haut de gamme. De plus, il a orchestré la relance de la marque Kanuk, qui s’apprête à prendre le monde d’ass aut. Rencontre avec le président de la Corporation financière Champlain.

Pierre Simard nous accueille dans son bureau feutré, niché au 16e étage d’une tour du centre-ville de Montréal. La corporation dirigée par l’homme d’affaires a beau jongler avec des investissements de 120 millions de dollars et baigner dans l’industrie de l’ameublement haut de gamme, son cabinet est tout ce qu’il y a de plus sobre et discret.

Les lieux sont à l’image du président de la Corporation financière Champlain (CFC) : sans flaflas et conçus pour favoriser l’efficacité. Depuis la création de sa firme d’investissement privée en 2005, après un long passage dans les plus grandes institutions de Wall Street, Pierre Simard a enchaîné les transactions stratégiques au Québec. Comme des orfèvres de la finance, lui et ses partenaires ont investi sans faire trop de bruit dans une douzaine d’entreprises qu’ils ont épaulées, réorganisées et parfois revendues. Ils ont notamment acheté le magasin de luxe Ogilvy en 2010, avant de le céder avec un juteux profit un an plus tard. « On aime beaucoup s’identifier aux marques de produits de consommation, à la limite toucher un peu à la mode, explique l’homme de 52 ans en entrevue. On a été copropriétaires du magasin Ogilvy, donc on a fait nos armes dans ce domaine-là. »

La revente rapide d’Ogilvy ne correspond pas au modèle d’affaires habituel de CFC. Le groupe préfère investir à moyen ou long terme dans des entreprises qu’il fait croître grâce à une injection de capitaux et à son implication dans les stratégies de direction. Dans le cas d’Ogilvy, toutefois, la société Selfridges, propriétaire de Holt Renfrew, a fait une offre de rachat que CFC ne pouvait refuser. « Nous avons obtenu un retour sur investissement de 40 % en un an », confirme Pierre Simard.

MAISON CORBEIL

L’homme d’affaires n’a pas mis de temps à trouver une nouvelle société dans laquelle investir. CFC a orchestré en 2013 la fusion entre deux leaders québécois de l’ameublement haut de gamme, Maison Corbeil et la Galerie du Meuble, réunis au sein de l’entité G2MC. Jardin de Ville s’est greffé à ce nouveau groupe l’an dernier. Cette union de CFC et des membres des familles fondatrices, notamment les frères Éric et Stéphane Corbeil de Maison Corbeil et Johanne Bourque de Jardin de Ville, a servi de rampe de lancement à la nouvelle bannière MUST, qui a ouvert un premier « concept store » très fréquenté il y a six mois dans le quartier Griffintown. « C’est un nouveau concept qu’on veut vraiment étendre dans les grands centres à travers le Canada, dit Pierre Simard. C’est une stratégie urbaine, des espaces de 10 000 à 15 000 pieds carrés, avec des lignes haut de gamme comme Ligne Roset. »

Six mois après son ouverture, le lancement de MUST dans Griffintown est un véritable succès, dit M. Simard. Dans ce magasin lumineux aux accents post-industriels, les clients ont accès à plusieurs marques et services, comme le fleuriste Prune ou encore la boulangerie La Bête à pain. Les ventes de MUST ont dépassé les prévisions initiales, si bien que CFC compte accélérer le déploiement de la marque à travers le Canada. De nouvelles boutiques ouvriront leurs portes à Québec et Toronto en 2017 et 2018. Le mariage entre Maison Corbeil, La Galerie du Meuble et Jardin de Ville s’est aussi avéré payant dans l’ensemble des magasins du groupe. L’entreprise fusionnée dépassera le cap des 100 millions en chiffre d’affaires au terme de sa première année d’existence, confirme Pierre Simard.

MODÈLE FAMILIAL

Natif de Québec, Pierre Simard a étudié en génie à l’Université Laval avant de se spécialiser en finances à l’Université catholique de Louvain, en Belgique, et de décrocher un MBA à Cornell, aux États-Unis. Lui et sa conjointe, Nancy Spafford, ont quatre enfants âgés de 17 à 24 ans, dont trois étudient à l’extérieur du Québec.

L’homme d’affaires apprécie l’aspect familial des trois entreprises à l’origine de G2MC. Dans les trois cas, les compagnies en étaient rendues à une deuxième génération d’entrepreneurs, qui avaient besoin d’une étincelle pour atteindre une nouvelle étape de développement. « Il s’agissait d’agir comme catalyseur pour rapprocher ces entrepreneurs, leur fournir un confort financier qui pourrait leur permettre de travailler ensemble pour créer quelque chose de plus gros, et en même temps diversifier un peu leurs risques. »

Pierre Simard entrevoit un vaste potentiel dans le marché québécois – et surtout montréalais – du meuble milieu à haut de gamme. Il souligne l’existence de plusieurs chaînes locales dominantes, comme Maison Corbeil, JC Perreault, Germain Larivière, Mariette Clermont ou Maison Éthier, qui répondent aux besoins spécifiques des Québécois. « Les gens, au Québec, ont des goûts plus fashion, moins conservateurs, par rapport à leur ameublement, souligne-t-il. Ils sont beaucoup plus à l’affût des nouvelles tendances, ce qui amène un renouvellement plus fréquent. Ils paient moins cher qu’à Toronto ou Vancouver pour leur maison, mais investissent beaucoup dans l’ameublement. »

KANUK

Parmi les autres investissements de CFC, on compte les manteaux Kanuk, rachetés il y a près de deux ans. Le groupe de Champlain a procédé à d’importants changements dans la société en embauchant un nouveau chef de direction, Richard Laniel, et un nouveau designer, Philippe Dubuc. M. Simard croit que la marque peut retrouver son lustre des années 90, et bien davantage. Une boutique vient tout juste d’ouvrir au DIX30, à Brossard. « Cette année, on entre dans un marché où Kanuk n’était pas encore allé : la vente en gros. On va vendre chez Sports Expert et chez SAIL, ce type de magasin. De plus, nous avons déjà des préréservations pour l’Europe l’an prochain », souligne-t-il.

Au total, CFC jongle ces jours-ci avec huit investissements dans des entreprises basées au Québec, qui vont de l’embouteillage de sirop d’érable aux équipements médicaux. Les investissements moyens s’échelonnent de 5 à 20 millions de dollars, et les entreprises affichent un chiffre d’affaires de 20 à 200 millions. Pierre Simard salue l’apport de ses associés Jean-Stéphane Yansouni, Scott Jackson et Philippe St-Cyr Adam dans le succès de l’entreprise.

Outre ses activités professionnelles, M. Simard siège sur le conseil exécutif de l’Hôpital de Montréal pour enfants et préside la fondation de l’école À Pas de Géant, où son plus jeune fils, Charles, autiste, a étudié. Cette fondation recueille bon an mal an un million de dollars. Le jeune homme de 17 ans étudie aujourd’hui au collège Dawson.

« Nous prenons ça un jour à la fois, mais Charles a fait beaucoup de progrès. Ça nous procure un grand réconfort », conclut Pierre Simard.

Pierre Simard, l’homme discret – e-mag

Photo : André Ryder

Henri Vezina