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Erik Guay – Surhomme autant que gentilhomme

Le Studio Luminaire

Champion du monde de super-G en 2017. Médaillé d’argent en descente lors de ces mêmes Championnats du monde de St-Moritz. Cinq victoires et un total de 25 podiums en Coupe du monde depuis le début de sa carrière, ce qui lui permet de dépasser Steve Podborski, le légendaire Crazy Canuck. Un Globe de cristal, le premier en 28 ans pour un skieur canadien. Une feuille de route aussi éloquente a permis à Erik Guay de devenir l’un des plus grands athlètes de tous les temps au pays. Rencontre avec le résident de Mont-Tremblant.

Le fabuleux palmarès d’Erik Guay est long, très long. Mais c’est l’hiver dernier qu’il a le plus marqué notre imaginaire. Après avoir raté un saut et chuté sévèrement à une vitesse évaluée à 110 ou 120 km/h – le genre de scène où le spectateur lance des « oh ! mon Dieu ! » et pense à priori que l’athlète en aura pour des mois à se remettre d’une culbute aussi désastreuse – Guay est revenu en compétition une toute petite semaine plus tard pour remporter le super-G des Championnats mondiaux. Un exploit qui relève de la science-fiction !

SA PLUS GRANDE FIERTÉ

Lorsqu’on lui demande si c’est son statut de skieur alpin canadien le plus décoré de l’histoire dont il est le plus fier, ses deux titres de champion du monde – le premier était en descente en 2011 – ou son Globe de cristal, Guay répond ceci : « C’est la longévité de ma carrière au plus haut niveau de compétition possible qui m’épate ».

« LA TEMPÊTE EST DAVANTAGE FABRICANTE D’ANCRES SOLIDES QUE LE BEAU TEMPS. » — GILLES VIGNEAULT

Précisons d’abord que Guay se bat constamment contre les meilleurs au monde et que la victoire se joue toujours en centièmes de seconde. Or, il a surmonté quatre années de douleur intense de 28 à 32 ans et subi six interventions chirurgicales au genou. Pensez à ce que ça représente comme épreuve, frustration, doutes, résilience, détermination, combativité… On ne parle pas de retrouver une certaine forme pour dévaler les pentes avec ses amis de Tremblant. Non. À chaque occasion, il faut travailler à retrouver un niveau où l’on côtoie les limites de ce que le corps humain peut endurer en termes de vitesse folle, de virages exigeants et dangereux, de sauts périlleux et de forces G. Et ce, sans que la motivation soit écorchée.

Lorsqu’on tient compte de tous ces obstacles surmontés par Erik Guay, on comprend mieux pourquoi l’accomplissement qui lui procure le plus de bonheur est la durée de sa carrière. Son exemple donne du poids aux paroles de Gilles Vigneault… Je précise encore qu’à 35 ans, le Québécois est devenu le champion du monde de ski alpin le plus âgé de tous les temps grâce à sa victoire en super-G. Il se révélait aussi le quatrième homme seulement à remporter les titres des deux épreuves de vitesse, puisqu’il avait récolté l’or en descente en 2011 à Garmisch-Partenkirchen.

« Je chérissais particulièrement trois grands objectifs au moment d’entreprendre le métier, ajoute-t-il. Je souhaitais devenir champion du monde, mettre la main sur un Globe de cristal en super-G et remporter une médaille olympique. Les deux premiers défis ont été surmontés; il me reste le troisième. » Guay a effectivement connu moins de succès aux olympiades, puisque son meilleur résultat est une quatrième place en super-G à Turin en 2006. « Je sais que les médias et le public estiment souvent que rien n’est plus prestigieux que les Jeux olympiques. Pour moi, c’est un objectif, mais il n’est pas plus important que les deux autres. » Le skieur aura l’occasion de réaliser ce troisième rêve de jeunesse lors des jeux de PyeongChang, qui se dérouleront en Corée du Sud en 2018.

« AVOIR UNE FAMILLE PERMET DE COMPRENDRE LES VRAIES VALEURS DE LA VIE. »

Avant que sonne l’heure de la retraite, Erik Guay convoite aussi une victoire à Kitzbühel, en Autriche. « Rien n’a plus de valeur sentimentale pour un skieur qu’un triomphe sur cette montagne légendaire. » Gagner à Kitzbühel, c’est comme remporter la Coupe Stanley à Montréal. Cependant, précisons que Guay a déjà soutiré l’argent là-bas, ce qui lui vaut une solide réputation dans le Tyrol. Il peut donc s’enorgueillir d’être monté sur le podium.

Surhomme et gentilhomme, disions-nous… Là où les qualités humaines d’Erik Guay sautent aux yeux, c’est lorsqu’il parle de sa famille. Guay et sa conjointe, Karen, viennent d’avoir leur quatrième enfant ! Maude, née en septembre, est précédée par Logann, 8 ans, Leni, 5 ans et Marlo, 3 ans. « Avoir une famille permet de comprendre les vraies valeurs de la vie, explique Guay. Aussi passionné que je sois pour mon sport et ma carrière, ils sont relégués au deuxième rang quand tu vis l’amour et que tu as des enfants. Je suis toujours heureux de partir en compétition, mais je suis également excité chaque fois que je rentre au bercail.

« Être un père qui consacre du temps de qualité à sa famille enlève la pression que l’on s’impose parfois inutilement dans notre métier, ajoute-t-il. Mes enfants me permettent de me changer les idées, de prendre du recul, de m’amuser. Ma famille n’est pas étrangère à mes succès. Karen est brave et forte. Je pars souvent pour un mois, parfois six semaines. Ce n’est sûrement pas facile pour elle, mais elle s’en sort admirablement. » Lorsqu’il est présent, Erik est… présent ! Comme tous les parents soucieux du bien-être de leur marmaille, il se convertit en chauffeur de taxi pour amener Logann, Leni ou Marlo à la gymnastique, à la danse, au ski.

Maintenant qu’ils ont quatre enfants, on devine qu’il aurait été légitime pour Karen de demander à Erik de songer à la retraite, surtout après toutes ces interventions chirurgicales et la chute de l’an dernier, qui aurait pu avoir des conséquences beaucoup plus graves. Il n’en est rien. « Personne, ni Karen ni mes parents, n’ont jamais émis le moindre commentaire sur le fait qu’il vaudrait peut-être mieux que je passe à autre chose », assure l’athlète.

Depuis 2008, Erik Guay est également ambassadeur de Tremblant, la station où tout a commencé pour lui. « Je ne suis pas seulement skieur, je suis un adepte de plein air en général. Ici, on a de tout : de la forêt, des cours d’eau, des montagnes. On a des sites pour une tonne d’activités à partir de la base de la montagne et plusieurs événements festifs et rassembleurs. Nous sommes comblés. J’aime réellement vivre ici. »

Comblé, Guay le serait aussi s’il pouvait obtenir une médaille olympique. C’est ce qu’on lui souhaite pour février prochain, tout comme on lui souhaite de continuer à briller au championnat des meilleurs papas et gentilhommes par excellence !


Erik Guay – Surhomme autant que gentilhomme – e-mag

YUL