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Sylvain Tremblay – Partir pour mieux créer

SUR LA ROUTE, J’ENTENDS UNE SYMPHONIE FAMILIÈRE ANNONÇANT L’AUTOMNE. LES BERNACHES SIGNENT D’UN V LE CIEL BLEU SANS NUAGES. JE ME DEMANDE COMMENT ELLES SAVENT QU’ELLES DOIVENT QUITTER LE PAYS POUR ASSURER LEUR SURVIE.

C’est dans son lieu de création à Montréal – sa base créative, comme il l’appelle – que je le rencontre. Puisqu’il a été absent plus de dix ans, les Montréalais pourront redécouvrir l’artiste du 15 au 18 novembre au centre d’art Le Livart, rue Saint-Denis, où il présente ses dernières oeuvres et lance son tout nouveau livre. Volubile, sympathique et énergique, l’artiste se raconte en ponctuant son récit d’histoires étonnantes. Il m’explique qu’il est fasciné par la façon dont les voyages influencent sa production, enrichissant son langage pictural d’éléments nouveaux qu’il définit en trois séries : Signature, Brook et Leroux.

Au début des années 2000, il est déjà reconnu pour ses personnages à la Giacometti : filiformes, à la texture mate, peints en relief sur de grands aplats de couleur recouverts d’un vernis ultraglacé. Ce style unique pour l’époque le propulse vers une carrière internationale. Il entre à la Galerie Opéra – présente dans les plus grandes villes du monde –, qui expose ses tableaux à New York, Hong Kong, Dubaï, Singapour, Londres et Paris. Il goûte au voyage…

C’est en Chine qu’il choisit de s’exiler une première fois. Après une brève visite dans l’Empire du Milieu et quelques allers-retours lors d’expositions, il s’installe dans l’atelier d’amis artistes chinois. Ils ne partagent ni la langue ni les coutumes, mais les repas, les journées de travail et les techniques. Le rouge et les traces calligraphiées enrichissent ses oeuvres. C’est ensuite à Dubaï qu’il pose ses couleurs. Là, le rouge cède la place au bleu, le sable envahit ses toiles. La démesure s’invite, entre autres lors de la création en direct du plus grand portrait jamais fait du Cheikh Zayed, réalisé à partir d’une montgolfière dans le désert, d’où il lance du sable coloré sur une toile surdimensionnée. Il fait sensation dans les médias arabes.

Les expositions et les projets s’enchaînent. Il renoue avec les grands maîtres en donnant un cours par semaine à l’Université canadienne de Dubaï, une exigence pour sa résidence. Ainsi va naître une série de grands documentaires revisitant à sa façon les Da Vinci, Degas et Warhol. Ils seront dix en tout. Des expositions et des performances, sur lesquelles il travaille présentement, seront présentées en alternance avec sa tournée internationale. Les tableaux composés en Chine, à Dubaï, et ceux créés sous l’influence de ses premiers amours, s’inscrivent dans la série Signature.

Il me raconte que chaque fois qu’il arrive à l’étranger, il peint un tableau dans sa zone de confort. Tel un ancrage bienfaisant, ce tableau lui apporte le courage de se mettre en danger, de se lancer dans le vide et ainsi d’évoluer.

C’est ensuite l’effervescence de Brooklyn qui lui insuffle un nouveau regard sur sa création; naît ainsi une nouvelle série, Brook. Sous un pont, il découvre un junkyard où des objets de ferraille hétéroclites recouverts de couches de peinture usées l’inspirent. Il choisit minutieusement ses trésors ferreux et débute une série de compositions abstraites intégrant ces éléments, qui deviennent la narration du tableau. Sur des panneaux de bois supportant le poids d’amas de béton en bas-relief, on peut distinguer des éléments architecturaux lourds du temps qui passe.

L’héritage des voyages influence aussi une nouvelle série de tableaux plus figuratifs, où l’expression inonde l’oeuvre. Elle met en scène des moments de vie captés à même des personnages suspendus dans le temps. On peut reconnaître cette série par la présence d’une perspective, contrairement aux deux autres. Il nomme affectueusement ces tableaux les Leroux, du nom de sa mère.

Il migre ainsi le temps d’une saison ou durant quelques années, puis revient à Montréal, puis repart encore. Au contraire des bernaches qui s’envolent en n’écoutant que leur instinct, l’artiste sait que c’est nécessaire…


sylvaintremblay.ca

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