Loading...

Interview Lubov

Collection Hervé Léger

Quelle a été la source d’inspiration de ce défilé ?

LA: Nous travaillons toujours avec les “bandes”, mais il nous fallait trouver une nouvelle façon de renouveler le look. Pour ce défilé, nous avons imaginé la nature, comme lorsque vous marchez dans une forêt, que vous admirez les textures de feuilles, les animaux… Une forêt, c’est en fait très surréaliste. On y trouve beaucoup de textures différentes. Et cela nous a amené ailleurs. On a été inspiré en quelque sorte par un concept d’étoles, garnie de fourrures différentes. Elles sont très belles et on les retrouve dans l’oeuvre d’Yves Saint Laurent et d’autres designers.

Où voyez-vous votre marque dans 10 ans ? Pensez-vous qu’elle deviendra une marque encore plus importante ?

LA: Je la considère surtout comme une marque « style de vie », donc pas trop imposante. Quand les gens pensent Hervé Léger, ils pensent immédiatement « robes à bandes ». Mais nous travaillons aussi les chaussures, les sacs à main, les manteaux, les maillots (et les cache-maillots). Il s’agit vraiment d’évoquer un certain style de vie, plutôt que de créer un look ostentatoire.

Quel est votre prochain grand événement après cette Semaine de la mode de New York ?

LA: Je pense que nous ferons quelques apparitions publiques. Je recevrai des rédacteurs en chef chez moi, à Los Angeles. Nous avons véritablement décidés de développer plusieurs événements en marge des défilés.

Qu’est-ce qui vous rend fière de la marque Hervé Léger et de vous-même ?

LA: Tout d’abord, j’adore ce que je fais. Je le fais donc avec passion, et j’en remercie le ciel tous les jours. Je suis choyée et très fière de Hervé Léger. J’aime vraiment nos produits. Après tout, il nous a fallu six ans pour relancer Hervé Léger, entre autres parce que je n’aimais pas – ou ne comprenais pas – vraiment le produit au début. J’avais l’impression que son esthétisme faisait défaut. Suite au lancement réussi de la nouvelle ligne Hervé Léger, j’étais ravie de pouvoir proposer des silhouettes excitantes, à l’esprit plus jeune.

Quel est votre plus grand défi lorsque vous créez ?

Être capable de m’en détacher. Lorsque vous créez, vous n’arrêter jamais de changer. Par exemple, je sais que je pourrais travailler sur un élément pendant toute une année et ne jamais en être satisfaite. Le défi, donc, est de laisser aller, de ne plus y toucher, et de simplement apprécier.

Quelque chose que nous ne connaissons pas à propos d’Hervé Léger ?

LA: Il faut habituellement jusqu’à 300 heures pour réaliser une seule robe. J’ai plein de petites notes qui me disent combien de temps il faut pour faire une robe Hervé Léger; il faut parfois une semaine, et parfois un mois. C’est pourquoi elles font comme un gant.

Quelle influence a Hervé Léger sur vous, personnellement ?

LA: Je pense que cela m’a donné un point de vue différent sur la mode. Avec Hervé Léger, lorsque vous réalisez une pièce de vêtement, elle doit être autant que possible parfaite. Tout est une question de focus et de passion.

Quel serait votre must de la saison ?

LA: Cette saison, les jupes s’allongent. Et nous avons dans la collection quelques robes vraiment magnifiques qui descendent sous le genou, certaines avec des fermetures-éclair pleine longueur. Elles sont fantastiques et seraient définitivement en tête de ma liste.

Quel est justement votre look préféré dans la nouvelle collection ?

LA: Je ne peux pas choisir. Si je ne les aimais pas tous, ils ne se seraient pas retrouvés sur la passerelle.

Comment la marque Hervé Léger fait-elle une différence dans l’industrie de la mode ? Pourquoi devrait-on choisir une robe Hervé Léger plutôt que celle d’un autre designer ?

LA: Tout d’abord, je pense que nos clientes comprennent les créations Hervé Léger. Elles sont uniques. Je ne pense pas qu’elles puissent être copiées, au même titre qu’une œuvre d’art inestimable ou qu’un trésor du patrimoine. Elles sont différentes. Elles représentent un investissement. Et elles resteront toujours à la mode. Il y a des gens qui portent encore aujourd’hui les créations Hervé Léger des années 80, et elles ont toujours l’air aussi moderne. Vous savez, une confection irréprochable et un style distinctif, c’est intemporel. Nos tissus ne boulochent pas et ne changent pas de couleur : si vous achetez une de nos robes, vous la porterez sans arrêt et pour longtemps.

Parlons justement de ce fameux tissu. Comment en êtes-vous venu à modifier le concept original des bandes et à créer ce nouveau look ?

LA: Je ne l’ai pas beaucoup changé. Au départ, Hervé Léger s’était inspiré de la conception des chapeaux : tout comme les chapeaux sont moulés pour s’adapter à la tête, il voulait que le tissu de la robe soit moulé pour s’adapter au corps, qu’il soutienne la silhouette. Il n’y a pas de patron ; chaque morceau de tissu est individuel et sculpte le corps. Dans le contexte actuel, il était devenu impossible de vendre de telles créations à prix élevé. Nous avons dû trouver une façon de préserver l’esprit Hervé Léger tout en offrant un produit moins cher. Nous avons donc eu recours à la technique « drop-needle », qui nous permet de d’obtenir l’effet désiré sans recourir à autant de bandes.

Comment voulez-vous que les femmes se sentent lorsqu’elles portent Hervé Léger ?

LA: On ne peut pas être timide dans une création Hervé Léger. Vous devez vous sentir forte et glamour en même temps. Essentiellement, c’est une question de confiance en soi. Vous pouvez être une des plus belles femmes du monde, si vous n’avez pas confiance en vous, vous ne porterez jamais Hervé Léger. Il en faut beaucoup pour porter si peu (rires).

Préférez-vous porter Hervé Léger, BCBG ou les vêtements des défilés ?

LA: Ce n’est pas que j’ai une préférence. Cela dépend comment je me sens. Mon garde-robe est rempli de vêtements de styles différents… parfois j’ai envie de porter Hervé Léger, parfois j’ai envie de dormir avec (rires) ! Il m’arrive de préférer les tenues de défilés car elles sont produites en infimes quantités et que je veux en faire la promotion. Pour un défilé, nous créons environ 200 pièces, et je veux que les gens comprennent le caractère unique de celles-ci. Lorsque je porte Hervé Léger, c’est pour me faire plaisir. Par exemple, cette robe (photo), c’est la numéro 1 d’une série de 50, alors on se sent spéciale quand on la porte. Nous ne prenons pas les affaires à la légère, et ce n’est pas une question d’argent, c’est de la mode au sens pur et quand les gens achètent une robe de 3000 $, ce n’est pas pour la voir à tous les coins de rue. Certains modèles sont repris au fil des ans, mais la plupart de temps, ils sont réinterprétés différemment. Par exemple, vous ne reverrez jamais ce jacquard parce que nous ne le referons pas, parce que nous passerons à un autre jacquard ou parce que nous passerons à autre chose.

En quoi la tradition familiale a-t-elle modifié la marque ? Je sais que vous venez d’une grande famille et qu’une de vos filles participe à BCBGeneration. Avez-vous l’intention de vous adjoindre d’autres membres de la famille ?

LA: S’ils le veulent. Mais je ne pense pas que la majorité de mes enfants en aient envie. Ils ont chacun leur force et leurs propres intérêts. Ils m’aiment, ils aiment leur père et ils voient que nous aimons ce que nous faisons. Ma fille aînée a 19 ans et veut être avocate pour sauver le monde. Ma cadette fait de l’animation et veut s’installer au Japon. Quant à la benjamine, elle est actrice et chanteuse.

Grâce aux photos sur votre page Facebook, on réalise avec plaisir que vous avez une famille unie. Peut-être verrons-nous un de vos enfants à la tête de l’entreprise ?

LA: Je ne sais pas, peut-être. Ça reste à voir. En ce qui concerne les affaires, Max et moi avons 18 ans de différence. Nous avons donc beaucoup de temps devant nous.

Quel est votre moment préféré ? Préférez-vous être super occupée ou n’avoir rien à faire ?

LA: Je ne me souviens pas d’une époque où je n’avais rien à faire. Ce qui m’intéresse dans la vie, c’est d’améliorer le monde. Tous les jours, je me réveille et je me demande comment je peux améliorer les choses. Je répare. Lorsque je n’ai rien à faire, je trouve à m’occuper. C’est dans ma nature. J’aime créer. Je suis tellement passionnée que je ne vois pas le temps passer.

Pour créer, préférez-vous le calme au chaos ?

LA: Plus on vieillit, moins il y a de chaos. En fait, je pense que le chaos survient lorsque vous ne savez pas ce que vous faites. Il y a aussi le chaos « organisé ». J’aimerais cependant qu’il y ait plus d’heures dans une journée; je ne comprends pas pourquoi il y en a 24 et non 26. Ils ont essayé cela en Allemagne il n’y a pas si longtemps – on pourrait changer cela ! (rires)

Avez-vous des rituels lorsque vous créez ? Allez-vous dehors, ou si vous vous assoyez tout simplement à votre bureau pour travailler ? Vous faut-il de la musique ?

LA: Un peu tout cela. Je travaille avec une équipe très talentueuse. Alors, nous nous assoyons ensemble et nous échangeons des idées. J’aime collaborer avec beaucoup de gens. Fondamentalement, les gens n’achètent pas ce que vous faites; ils adhèrent à la raison pour laquelle vous le faites. Vous devez donc avoir une raison dans la vie pour faire ce que vous faites.

Je sais que vous voyagez beaucoup. Avez-vous avez un endroit préféré ? Ou si vous aimez mieux voyager un peu partout ?

LA: Tout à fait. Il y a tellement d’endroits que j’aime et où j’aimerais retourner. Mais dans le fond, ce n’est pas l’endroit qui importe mais les gens avec qui vous êtes la plupart du temps. J’adore découvrir des endroits où il n’y a aucun McDonalds, Burger King ou même des Occidentaux.

Et quel est votre endroit favori pour vous évader ?

LA: Il y en a plusieurs mais le dernier dont je me souviens, c’était Istanbul en septembre dernier. Je n’avais pas à travailler et j’ai vraiment pu me relaxer. Ce qui était génial, c’est que je ne voulais pas travailler, que je ne voulais penser à rien.

m12-style-herve-leger-lf-04m12-style-herve-leger-lf-03Collection Hervé Léger


Silestone