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Daoust Lestage – De l’urbain à l’objet

L’édifice spectaculaire de la Caisse de dépôt(1), c’est eux. Le Quartier international de Montréal(1), le Quartier des spectacles et la Promenade Samuel-de Champlain(1), à Québec, c’est aussi eux. Après presque 30 ans d’une collaboration marquée par des dizaines de prix, les associés du cabinet Daoust Lestage n’ont rien perdu de leur passion. Rencontre avec Renée Daoust et Réal Lestage, qui ont fait du mariage entre l’architecture et le design urbain leur ligne directrice.

Le Quartier des spectacles de Montréal bouillonne d’activités en ce lundi après-midi ensoleillé de janvier. Sur la place des Festivals, des touristes observent avec curiosité les oeuvres d’art, pendant qu’un autre groupe admire l’architecture des lieux. Un peu plus loin, une grue s’active à construire le nouveau siège social de l’Office national du film, le dernier édifice à voir le jour dans ce secteur en plein boom immobilier.

Renée Daoust et Réal Lestage nous accueillent à un jet de pierre de cette place festive, dans leurs bureaux du boulevard Saint-Laurent. Les deux associés de la firme Daoust Lestage – elle est architecte et urbaniste, lui est urbaniste – ont conçu de A à Z les plans du Quartier des spectacles, un projet qui s’ajoute à leur longue liste de réalisations.

Cette feuille de route bien garnie a valu au cabinet des dizaines de récompenses au fil des ans, dont la plus haute distinction dans leur domaine au Québec : le prix Ernest-Cormier, catégorie culturelle – architecture et design. Cet honneur, remis en novembre dernier par le gouvernement du Québec, coïncide presque avec le trentième anniversaire de Daoust Lestage.

« Trente ans ans plus tard, je vous dirais qu’il y a autant d’insécurité, et c’est peut-être ce qui nous garde “jeunes”. On est loin de s’être assis sur nos lauriers. C’est une pratique difficile, alors on cherche toujours à se renouveler et à évoluer. Ce qui nous motive énormément en ce moment, c’est l’intérêt que le bureau représente pour différentes générations. »

« On se demande toujours comment intervenir avec sobriété et modernité, pour que ces projets soient les plus pérennes possibles » – Réal Lestage

MANDATS TOUS AZIMUTS

Dès sa fondation en 1988, Daoust Lestage s’est donné comme mandat d’être multidisciplinaire. Le cabinet donne autant dans la planification d’ensemble, le design urbain, l’architecture, le design industriel que dans l’architecture de paysage. Chaque projet est étudié en tenant compte du contexte architectural environnant, de l’historique des lieux, en vue de créer des liens les plus harmonieux possibles. La logique sous-jacente à chaque chantier est toujours la même : « de l’urbain à l’objet ».

Dans le Quartier des spectacles, par exemple, Daoust Lestage a porté le projet du début à la fin. La firme a créé le plan d’ensemble – aménagement des places publiques – jusqu’aux moindres détails du mobilier urbain et de l’éclairage. Prestation similaire dans le Quartier international, à la fin des années 90. Ce quartier, à l’époque complètement déstructuré, représente aujourd’hui un des succès les plus flamboyants de l’histoire du cabinet. L’équipe de Daoust Lestage a complètement repensé la trame urbaine de ce secteur mal-aimé, à cheval entre le Vieux-Montréal et le centre-ville, qui était alors balafré par l’autoroute Ville-Marie. Ils ont transformé le Square Victoria de fond en comble, créé la place Jean-Paul-Riopelle et conçu en un temps record ce qui allait devenir la pièce maîtresse du quartier : l’édifice de la Caisse de dépôt. « Les défis techniques étaient énormes avec une construction au-dessus de l’autoroute, dit Renée Daoust. Les gens ne le savent pas : on a commencé à dessiner en 2000, et en 2003, l’édifice, qui mesure près de 760 000 pieds carrés, était livré. Ça, c’est très, très court. »

Malgré certaines manchettes dans les journaux de l’époque sur de possibles dépassements de coûts, Renée Daoust maintient que le projet a été livré à l’intérieur du budget entériné au départ par le conseil d’administration pour le nouveau bâtiment.(2) L’immeuble est même devenu « l’élément unificateur » du Quartier international, ajoute-t-elle.

SAVOIR-FAIRE QUÉBÉCOIS

Renée Daoust salue au passage la commande initiale passée par la Caisse de dépôt, qui souhaitait faire de l’immeuble une vitrine pour le savoir-faire architectural du Québec. La mission a été réussie, puisque le projet a permis à Daoust Lestage et à d’autres firmes de rayonner à l’étranger depuis. Le projet est devenu un jalon en termes de qualité architecturale. Les étrangers qui visitent l’immeuble de la Caisse – renommé Édifice Jacques-Parizeau l’été dernier – sont souvent surpris d’apprendre que le bâtiment a aujourd’hui presque 12 ans. Le « gratte-ciel horizontal » a non seulement été très bien entretenu, mais ses lignes sobres et ses matériaux durables, comme le calcaire du Québec, ont superbement traversé les années.

« On se demande toujours comment intervenir avec sobriété et modernité, pour que ces projets soient les plus pérennes possibles, explique Réal Lestage. Je pense que l’immeuble de la Caisse est un bon exemple. Souvent, quand on veut être trop tendance, l’âge des projets paraît. On est conscient de ça depuis le début. Quand on aménage l’espace public, nous transformons le milieu urbain de façon permanente et assumons une grande responsabilité. »

DE TORONTO À PARIS

Après presque 30 ans d’existence, le cabinet de 25 employés est loin de vouloir ralentir. Le carnet de commandes est bien garni. Le nouveau campus de l’UQTR à Drummondville, dessiné par la firme, a été inauguré en janvier 2016. Renée Daoust nous mentionne aussi « deux petits projets » à Paris dont elle ne peut pas vraiment parler pour l’instant, sans compter la fin prochaine des travaux de la place des Canotiers, qui deviendra la nouvelle porte d’entrée du Vieux-Québec.

Daoust Lestage travaille par ailleurs sur un mandat d’envergure à Toronto : la signature architecturale du nouveau réseau de train léger sur rail Eglinton Crosstown . Ce projet de 25 stations, dont on a peu entendu parler au Québec, est évalué à plus de 5 milliards de dollars.

Avec une fougue et une passion qui ne semblent pas vouloir diminuer, les associés de Daoust Lestage mènent en parallèle une bataille pour que l’architecture soit davantage reconnue au Québec. Et que « la culture du plus bas soumissionnaire » soit enfin mise au rancart dans les projets publics.

daoustlestage.com

1. Projets réalisés en consortium, Daoust Lestage chargé de projet et de design.
2. Coût de construction

Daoust Lestage – De l’urbain à l’objet – e-mag

Roche Bobois