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Notre-Dame-de-la-Défense, celle qui veille sur les Italo-Montréalais

Vers 1910, la banlieue de Montréal ne s’étend pas encore très loin. Les immigrants italiens qui quittent le centre-ville prennent la direction nord et s’installent près de l’actuelle rue Jean-Talon. À cette époque, c’est encore la campagne avec ses champs, prisés par ces gens qui adorent cultiver leur potager. Des habitations aussi sortent de terre, suivies de petits commerces (épiceries et cafés) autour desquels cette communauté très catholique s’organise. Monseigneur Bruchési leur accorde donc une paroisse et une église est construite dans ce qu’on appelle aujourd’hui la Petite Italie. Mais l’immeuble n’est pas à la hauteur de la fierté de ces personnes pieuses, dont beaucoup sont originaires de la province de Campobasso dans la région de Molise. Elles décident de s’investir à tous points de vue et d’en ériger une nouvelle en 1918, de style roman celle-là, à l’angle des rues Dante et Henri-Julien : la Chiesa della Madonna della Difesa. En l’honneur de la Madone ayant fait une apparition miraculeuse dans un secteur de Campobasso en 1898, elle sera celle qui protègera ces ressortissants en terre canadienne. Cette église, la plus ancienne de la communauté italienne, est une véritable institution. Ce qu’a d’ailleurs reconnu le gouvernement canadien en 2002 en nommant Notre-Dame-de-la-Défense un lieu historique national, en raison de son importance. Baptêmes, premières communions, confirmations, mariages et funérailles qui modulent la vie des Italiens se déroulent en son enceinte depuis plus d’un siècle.

En plus de son autel et de sa balustrade en marbre de Carrare et sa décoration de style Renaissance, l’édifice patrimonial comprend de nombreuses oeuvres d’art réalisées par des artistes d’importance comme Guido Nincheri, peintre et verrier fameux qui a décoré quantité de lieux de culte au Québec. Sa spectaculaire fresque ornant la coupole lui a d’ailleurs valu des problèmes: il a été emprisonné par les autorités canadiennes dans les années 1930 car il a dépeint un personnage suspect en cette période de tension précédant la guerre : le leader fasciste Benito Mussolini. Celui-ci avait été inclus à la demande expresse du curé ; Nincheri y acquiesça de peur que son contrat soit annulé.

Tous les Québécois connaissent cet endroit, peut-être sans le savoir, car qui n’a pas vu la télésérie Omertà, le film Mambo Italiano ou les funérailles du célèbre Nicolo Rizzuto ou du boxeur Arturo Gatti aux nouvelles télévisées ? Bien que cette église apparaisse dans les guides touristiques, elle n’est pas devenue un musée pour autant : on y célèbre toujours la messe… en italien.

Les fresques de l’abside, des murs latéraux et de la coupole de l’église ont été peintes entre 1927 et 1950 par Guido Nincheri et ses collaborateurs. Ces 1200 m2 de peinture ont été rafraîchis il y a une dizaine d’années par le réputé restaurateur montréalais Pierlucio Pellissier et son équipe.

Photo: yves lefebvre

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YUL