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Utah’s Mighty 5

Il se croit libre sur la route. pourtant, c’est elle qui décide. Il se plie volontiers à ses caprices, subissant parfois les contre coups de ces longues heures passées au grand air.

Jean-Marc De Jonghe est le maître de la bucket list. Il en fait depuis l’âge de 18 ans, soit depuis 30 ans bien sonnés. En fait, il en dressait sans savoir ce que c’était à l’époque; il l’appelait sa « liste des 100 choses à faire, à voir ou être avant de crever ». Courir un marathon, s’initier à la bourse, peindre un tableau, parcourir la Route 66, sauter en parachute… Sa mère le trouvait très intense, au point qu’elle a pris une assurance sur sa vie dès qu’il a atteint l’âge de 15 ans ! Lui-même a alors le sentiment que son temps est compté et qu’il doit en profiter au maximum. Il vit avec la peur de gaspiller ce temps, de même que son talent. Pas étonnant, donc, qu’il couche sur papier des rêves et des objectifs. Ce calepin, il l’a d’ailleurs toujours conservé. Surprenant pour un ingénieur en informatique qui collectionne les produits Apple et voue une admiration pour son fondateur, Steve Jobs (rencontrer ce dernier faisait d’ailleurs partie de sa liste de choses à faire). Cette façon de jalonner sa vie de défis l’a bien servi et l’a même aidé, prétend-il, à développer l’application La Presse+ en tant que vice-président des produits numériques.

Jean-Marc De Jonghe décide un jour de s’attaquer au Big 5, une sorte de tournée à motocyclette des cinq grands parcs nationaux de l’Utah, aux États-Unis. Il jumelle à son projet la tâche de visiter une grande conférence Apple à San Francisco. Il se rend d’abord à Salt Lake City pour louer une Harley-Davidson, qui le mènera sur les chemins d’Arches, Bryce Canyon, Canyonlands, Capitol Reef et Zion. Mais il finira par visiter trois parcs de plus, traverser la Death Valley et emprunter la Route 50 (l’une des plus désertes des États- Unis), puis revenir au point de départ pour assister à sa conférence. Un trip de 5 806 kilomètres cheveux au vent, « avec pas d’casque » plus de la moitié du temps (maman ne sera pas contente), sans musique dans les oreilles, mais des merveilles plein les yeux. Il emprunte les routes suggérées, mais aime se perdre sur les plus petites et les moins balisées. Il adore les rencontres inopinées avec des personnages hors du commun. Il savoure le profond sentiment de liberté en ne roulant pas trop vite (maman sera contente cette fois, elle qui se laisse conduire en moto à 71 ans !). La destination importe moins que toutes ces courbes qu’on avale et ces dénivelés qu’on attaque. Une sorte de chemin de Compostelle sur deux roues avec grosse cylindrée.

Par nature, ce célibataire possède un esprit indépendant. Depuis l’âge de trois ans, moment où il a vu sa première moto, Jean-Marc a su qu’il deviendrait motard. Rien d’étonnant à ce que son périple se fasse sans plan de match. C’est au jour le jour qu’il décide par où il passera. Il ne roule pas à la noirceur (maman serait…), car le spectacle n’est pas au rendez-vous. Il réserve ses motels via l’application Yelp, car les lieux d’hébergement se font parfois rares, souvent miteux. Il se croit libre sur la route. Pourtant, c’est elle qui décide. Il se plie volontiers à ses caprices, subissant parfois les contrecoups de ces longues heures passées au grand air; comme la fois où il a pris un coup de soleil… dans les yeux !

Il s’émerveille encore aujourd’hui des paysages à couper le souffle de l’Utah. Il est conscient de notre insignifiance face à la nature « d’une beauté innommable ». Avouant qu’il a toujours senti planer la menace de mourir, cet esthète amateur de photo, de design et de voyages a toujours voulu vivre le plus intensément possible. Aujourd’hui, il a encore des passions à assouvir, des soifs à étancher, des désirs à combler. Il aimerait peindre un tableau, écrire un livre, observer le cosmos au télescope… Le plus étonnant item à sa liste de choses à faire : se marier, histoire de dresser une liste à deux, cette fois…

Photos: Jean-Marc De Jonghe

Utah’s Mighty 5 – e-mag

Roche Bobois